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Ricardo Fiftioane

L'autre histoire du Titanic | 22 janvier 2008

 

L'Autre Histoire du Titanic


La perle de la flotte était l'objet de toutes les convoitises. Polie, astiquée par une ribambelle de mousses, attentifs à la moindre imperfection. Juliette et Isidore avaient économisé près de deux ans pour s'offrir les places de la croisière inaugurale en dépeçant les poissons jusqu'aux arêtes. Mais à mesure qu'ils embarquaient, en ce matin frais du 14 avril, le souvenir des sacrifices s'estompait peu à peu. Après quelques heures à bord, il leur semblait déjà être des millionnaires, grisés d'on-the-rock's et glissant parfois sur le sol lustré, quand un choc violent ébranla les passagers. Ils sentirent alors l'iceberg se fissurer et plongèrent tous deux dans les eaux glaciales en se tenant par la nageoire.

Publié par willbeen à 15:03:18 dans Les B. C. I. | Commentaires (0) |

L'homme heureux | 22 janvier 2008

 

L'Homme Heureux


Cette fois c'est officiel, après des mois de négociations entre la communauté scientifique, les comités d'éthique et les associations de concommateurs, sous l'égide de la délégation culturelle du ministère des distractions, le premier parc homologique européen a ouvert ses portes ce matin à dix heures trente. Ce parc est une réponse au rapport du professeur Ernestine ALLEBERT sur la probabilité de disparition de certains caractères à l'état sauvage.

Les premiers promeneurs ont pu découvrir quelques raretés venues des quatre coins du globe: oeuvrant pour quelque construction de bois d'un autre âge, les "solidaires" s'agitent et communiquent avec d'étranges signaux articulés. Un peu plus loin, un petit homme affronte sans baisser les bras les difficultés de son milieu naturel reconstitué à partir des données de terrain. A côté de l'enclos du "courageux", le "violent", irus externus, casse des piles d'assiettes avec frénésie. Il est un peu effrayant, mais ne semble pas s'intéresser au public.

Mais la grande attraction du parc, dont il ne reste que quelques individus en liberté, c'est l'homme heureux, homo beatus, sauvé in extremis des braconniers qui les exterminent sans relâche pour vendre à prix d'or sa précieuse essence. Le seul autre spécimen connu, une femelle, réside au homoo de Nork Yew. Quand ils auront tous deux atteint l'âge adulte, les homologues espèrent les faire s'accoupler mais les chances de reproduction en captivité sont très incertaines.

Ce qui étonne à première vue, c'est la sobriété de son habitat: l'homme heureux est allongé sur le sol, les bras croisés derrière la tête. Pour le profane, il ressemble à son cousin le "patient" à la différence qu'il semble ne rien attendre et sourit de temps à autre.

Après différents tentatives d'acclimatation, les scientifiques se sont aperçus que la complexité de son biotope ne changeait en rien son comportement.

L'histoire raconte que sa découverte est dûe au hasard. En effet, le père d'Ernestine ALLEBERT voyageait en Europe de l'ouest quand un impressario lui proposa un "pur moment de bonheur". Toujours curieux, Mr ALLEBERT père accepta et contacta ensuite sa fille pour analyses.

L'émotiophorèse recoupait des caractéristiques déjà observées chez "l'insouciant" ou le "simplet", mais aussi plus surprenant, chez le "philosophe" ou "l'exalté"... pourtant, un élément restait inidentifiable: il n'y avait qu'une seule cause possible, les principes actifs étaient naturels! Un nouveau caractère venait d'être découvert!


Des rumeurs dans l'administration du parc laisseraient entendre que l'homme heureux s'ennuie. La tentative de cohabitation avec les "solidaires" s'est soldée par des tensions au sein du groupe, sa paresse ne permettait pas une intégration totale, quant à la "colère" elle l'a littérallement assailli d'injures. Seule la compagnie de la femme heureuse pourrait préserver leur authenticité mais aucun des deux parcs n'est prêt à céder son spécimen.


A la fin de ce safari effrayant, distrayant, envoûtant, chacun s'en est retourné s'asseoir confortablement dans son petit mal-être comme dans un mauvais fauteuil qu'on garde parce qu'il a pris la forme de ses fesses.

Publié par willbeen à 15:02:51 dans Les B. C. I. | Commentaires (0) |

Poésie | 22 janvier 2008

 

Poésie


Seuls pensent en poésie,

Ceux qui vivent de souffrances,

Parce qu'alors ils envient,

La vie pour son excellence,


Les frasques de l'ordinaire,

Ils les rêvent en silence,

Offrant depuis leur errance

Quelques clefs d'existence


Pourtant souvent inspirent

Ceux qui ne savent écrire,

Que les mots vides et déliés,

D'une plume trempée dans un fessier.

Publié par willbeen à 15:02:06 dans Les B. C. I. | Commentaires (0) |

La Clôture | 22 janvier 2008

 

La Clôture


Tout le monde dormait dans l'éternel obscur

La vie était paisible sans possession ni murs

Les hommes vivaient de rien

D'ailleurs, il n'y avait rien

Ce qui facilitait grandement

Leur absence de chagrin

Un dormeur se réveille

Et l'idée surgit soudain

De posséder ce qui la veille

A ses yeux n'était rien :

Il bâtit une clôture dans le rêve de chacun.

Publié par willbeen à 15:01:40 dans Les B. C. I. | Commentaires (0) |

Le Trader et le Forain | 22 janvier 2008

 

Le Trader et

Le Forain


Un forain de ces grands hommes robustes

Qui emplissent une foire au pouvoir de leur buste

Vivait de ci de là au plaisir des enfants


Il aimait son métier, ses clients, son manège

Dehors qu'il pleuve ou vente, par soleil ou par neige

Satisfait de son sort sans dépendre du temps


L'orgue de barbarie, le Carrousel ancien

Et les remerciements des parents nostalgiques

Etaient son réconfort et son pain quotidien


Mais les éclats de rire et les applaudissements

N'étaient pas tout pour plaire

Au furieux financier

Assez dur en affaires

Qui décida céans

D'embrumer l'atmosphère


«Ton attraction vieillit

Pauvre hère archaïque

Et si le cœur t'en dit

Je t'ouvrirai ma bourse

N'aurais-tu pas envie

D'entamer quelques courses?

Voici un solde gras pour gonfler tes étrennes

Il me faut simplement ta musique et tes rennes...»


Le forain accepta l'offre si alléchante

Plaçant chez le trader la moitié de sa rente

Faisant ainsi la joie du triste financier

En cédant au caprice de sa morosité


Les enfants, gras et gros, s'amusent sans enfance

Le trader, plein aux as, se couvre d'indécences

Et l'enfant de la balle, reniant les airs de fête

Se logea seul et fou, la balle dans la tête.

Publié par willbeen à 12:26:15 dans Les B. C. I. | Commentaires (0) |

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