• Soulager Atlas

     

    Soulager Atlas


    Par une matinée de printemps

    Nous foulions innocents

    Les chemins de traverse,

    Jambes et pensées légères

    Sans rien à satisfaire

    Nous allions simplement.


    Mais derrière l'horizon

    Nous aperçumes un homme

    Défiant toute toison,

    Que dis-je un homme, un Dieu!

    Qui de ses pieds foulait la Terre

    Et de ses mains les Cieux!


    En voyant sur ses tempes

    Flots de transpiration

    Je voulus compatir,

    Comprendre son action;

    Saluant mes amis

    Enclins à d'autre avis

    Je rejoins le géant

    Au plus près de son ouïe:

    -Dîtes-moi en quoi consiste

    Ce fardeau qui s'impose

    Que peut-être j'assiste

    Le temps de votre pause.

    - Je supporte le ciel

    Pour le bonheur des Hommes

    Dans l'indifférence telle

    Que cette vie m'assomme...

    - Je le tiendrais pour vous

    Le temps que je pourrais

    Et vous suis gré pour tous

    De l'usure de vos braies.

    - Tu n'es pas assez fort

    Pour soutenir ce poids!

    - Je pourrais faire l'effort,

    Ne serait-ce qu'une fois!

    - Mais tu es trop petit,

    Le ciel serait trop bas!

    - Pendant ces quelques heures,

    Les pies ne voleront pas!


    S'étant laissé convaincre

    De me charger du lest

    Le géant s'allongea

    Pour savourer sa sieste...


    Mais je compris bien vite

    Qu'en fait de réticences

    Le géant minaudant

    Créait son importance:

    J'eus beau tâter tout l'air

    Piétinant les éteules

    Serait-ce le fait d'équerres?

    Le ciel tenait tout seul!


    Quand dispos l'homme immense

    Voulut reprendre office

    J'espérais le convaincre

    Que sa tâche était vaine

    Mais,

    Il fit fi des dispenses,

    Céda à son caprice,

    Et préféra trouver

    Du beau au sacrifice...


    Mes mois passèrent ensuite

    A écouter ses plaintes

    Oubliant peu à peu

    Que sa peine était feinte,

    Moi qui croyait l'aider

    En pleurant son supplice

    C'est un peu de son ciel

    Qui m'emmène à l'hospice

    Parce qu'une fois décidé

    A être son cortège

    C'est de mon propre gré

    Que je fus pris au piège.


    On devrait se méfier

    Du malheur qui s'affiche

    Comme d'un secret confié

    Au premier qui s'en fiche:

    Chacun louera sa cause

    En fait de dévouement

    Mais les plus forts se taisent

    Et meurent sans voir trop grand,

    Chacun possède en lui

    La force surhumaine

    D'être martyr d'un rien

    De glorifier sa peine,

    Il en faudrait pourtant

    Un peu moins, du reste

    Pour oser rester humble

    Dans une vie plus modeste...


    Comme on est bien souvent

    Ce que l'on reconnaît

    Il n'est pas étonnant

    Que le jeu fasse effet

    En fait, pour ces "héros"

    Qui "méritent" d'être tristes

    On s'oublie assez tôt

    Pour danser sur leur piste.


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