• Préambule

    Courant mai...

    Première nuit dans un duvet trempé et froid.

    Mes chaussures sont cassées. Etc.

    Et la facilité qui me tend les bras si près du point de départ...


    Dans un long voyage, on se cherche ou on se fuit. On se fuit parce que rien ne rappelle ce qu'on est. On se cherche parce qu'on est, au fil des jours, la seule constante.

    C'est venu comme une révelation.

    Je n'ai rien à prouver.

    90 jours, c'est long, c'est loin, trop loin.

    Pour aller quelque part où je n'ai rien à faire.

    Je vais courir le long de ces sentiers qui ne sont pas les miens pour renctontrer des gens qui ne comprennent pas, des profiteurs et d'autres qui offrent l'hospitalité à leurs rêves déçus, par procuration.

    Alors STOP!

    Courir à l'autre bout du monde quand on connaît si peu sa maison, son jardin. La vie est dans le quotidien et puis je suis fatigué de courir. Ce voyage là, je l'ai déjà fait...

    Je rentre.

    Mais qu'est-ce que je peux raconter comme conneries des fois! Voyager, j'ai ça dans le sang et puis je pourrais pas supporter de dire «gnagnagna, j'ai arrêter parce que j'avais une ampoule»! J'ai toute la vie pour le quotidien... On the road again!




    5 Juin 2007...

    Mon premier est une chausse qui pique...

    Mon second invoque...

    Mon troisième est d'engrais...

    Mon quatrième est sous si...

    Et mon tout la réponse à des questions qu'on ne se pose pas!

     

    5/06


    Jamais vu un 06 aussi bizarre. Lunatique... Bon...

    Me revoilà sur les routes avec la pluie qui tambourine sur le toit de la grange de Liac, en Auvergne. Arrivée au Puy après tout les ratages de train (et oui!) à 17h35. Un mec avec un coquillage autour du cou m'explique l'histoire de la statue très moche du sieur Jacques dont on espère rallier le tombeau. Je sais par expérience qu'on imagine toujours faire mieux tant qu'on a les mains dans les poches mais (plus sonore qu'un tambourin... la pluie joue du sourdo, elle sourdonne) si l'Eglise de Santiago est à son image autant ne pas y aller trop vite. C'est le message du pèlerin: « vas-y doucement, peut-être que l'arrivée n'est pas top ». On retrouve un peu les principes du bouddhisme. Euh... Je vais essayer de ne pas être trop spiritruel et de n'écrire que ce qui manque aux innombrables récits de ce parcours mystico-touristique qu'il faut quand même se faire. Au puy, 1521km! Une heure plus tard, autre pannonceau officiel qui indique 1698km. Ca fait plaisir de voir qu'on avance.

    Mais ce n'est pas tellement important. L'important c'est que je sois là, décidé comme le vent et en bonne santé. Mode solitaire convivial et aucun réel objectif si ce n'est de errer dans la vie sans lui faire de mal (notamment ne pas marcher sur les limaces). Au moins « ici », pas de poids inutile ou de contrariétés généalogiques ou sociales, la route efface les mauvaises choses parce qu'elle en propose toujours de nouvelles... Arshet Pletan! Ou plutôt Ultréia comme on dit sur le chemin. Non que les mauvaises choses soient une mauvaise chose mais on est souvent plus léger avec les bonnes choses jusqu'à l'apathie et la superficialité la plus béate. De bons gros boeufs bien gras qui n'ont plus que le goût du sel dont on les saupoudre.

    Ca n'a pas été aussi facile que ça de se lancer mais 25 ans, c'est l'âge de continuer à faire avec ce qu'on a et chercher à obtenir ce dont on a vraiment besoin.


    07/06

    Aumont-Aubrac


    Hier soir, « attaqué » par une chauve-souris dans une grange délabrée. Et puis froid. Mais j'ai un mental assez solide, au moins quelques fois. Ce matin, départ brouillard, marché 25 bornes en ne mangeant que des plantes (plantain, rhumex, oseille, bouleau, pissenlit)

    Matelas posé dans une salle de cathéchisme de la salle paroissiale. Petit manuel explicatif. Derrière tout ce qu'il y a de dogmatique, il y a l'essentiel, et un essentiel que j'avais perdu de vu ces temps-ci (ou depuis toujours?), c'est un voyage intérieur, partir léger pour quitter son évidence. De plus en plus, j'ai l'impression de cotoyer des gens gras, même maigres, ils sont gras. Et on se laisse toujours un peu beurrer... Tout ce bordel, je l'ai emporté pour rassurer mes proches et maintenant que je suis seul, il est de plus en plus lourd parce qu'il ne répond à rien.

    Ce type débordant de vie incertaine, Pierre-Olivier, c'était moi avant. Je croyais que j'emmerdais le monde à force de gesticuler. Mais tout ça doit rester dans la tête encore un peu. Les mots donnent parfois vie, mais le plus souvent, ils tuent. Médiocres, il n'y a pas de meilleurs assassins.

    Ultréïa, si je puis dire.



    10/06

    Estaing, 5h départ pour Conques


    « Emportez un peu de l'Aubrac » sur un panneau publicitaire de produits du terroir. Emportez un peu de l'Aubrac pour aller le chier chez vous, finalement... Rien à dire.


    Heu... Je marche...


    12/06

    Livinhac


    C'est fou comme le bêlement d'un mouton ressemble toujours à celui d'un mec qui imite mal un mouton.


    13/06

    Figeac, matin


    Le type en début de route qui propose des ardoises peintes. Des ardoises! A des pélerins qui marchent encore 1000 km! Y en a qui font pas d'étude de marché avant d'ouvrir leur échoppe.


    14/06

    Varaire


    Rien à dire

    Les plus faciles à berner sont les malins qui s'affichent.


    * On ne peut pas accuser le chocolat d'être appétissant!


    19/06

    Castelnau sur l'Auvignon, gîte!


    Il assure le trouble pour rester séduisant.

    En eau trouble, les baudroies ressemblent à des saumons.


    23/06

    Arthez de Béarn


    En direct du Béarn pour radio Santiago. 700 kilomètres au compteur. Début étincelant sur les sentiers accidentés jalonnés de curieux, de dilettantes, de marcheurs. Des rencontres... Et puis chacun va à son rythme, «c'est le chemin», alors on se sépare. Mon rythme, c'est vite, alors on se croise rarement deux fois, vite et loin, mais je le savais déjà. Et puis au fur et à mesure tout l'équipement s'est retrouvé à la poste dans un colis pour la maison et me voilà sans rien d'autre que la tenue que je porte et un caleçon pour la nuit pour les 900 km qui restent. Et ça suffit. D'autres se font porter des malles remplies à ras-bord à chaque étape de 25 km, histoire de ne pas être trop dépaysés, comme les hollandais qui viennent avec des campingcars remplis de bouffe hollandaise...

    Beaucoup attendent un solution à leur vie ou fuient vers Compostelle mais le chemin ne répond qu'à ce qu'on ne demande pas.

    Fini le faste, les tentatives ou l'euphorie, il ne reste déjà plus que les mystiques légers, les fades qui ne marchent que 10 jours, les gens-carotte droite (cf Thérèse, Miradoux: les légumes calibrés qui poussent dans le sable comme les gens qui poussent à la fac) et des paumés sévères... Plus personne. Plus de loufoques, de marcheurs rigolos ou futés, plus de dingues dépressifs qui sont débordants de sympathie. Route monotone donc. La vraie question, c'est à quelle catégorie est-ce que j'appartiens!? Quand la réponse n'est pas intéressante, autant ne pas perdre son temps à la trouver. Tout ce que je vois, c'est qu'il arrive des choses magiques, des choses lassantes, et que je suis monté sur Duracell. Et en fait de voyage intérieur, je découvre que je me connais déjà beaucoup et qu'ici comme ailleurs se pose le problème d'une compagnie qui ne soit pas un sacrifice. Comme tout le monde.

    Pour le reste et bien ma foi, c'est beau, ou pas... Tout baigne.


    * Du pain dégueu, s'il sèche c'est qu'au moins il était frais.


    27/06

    pays basque


    Ici comme ailleurs, la différence fondamentale qui sépare les uns des autres, c'est que nous, c'est nous et eux c'est eux. C'est presque une lapalissade mais c'est cette différence qui fait les guerres:

      - C'est quoi qui change entre le pays basque et le béarn?

      - Euh... ils portent le béret à gauche, c'est ridicule!

      - Ah... Et!?

      - Et ils ont des toits en ardoise!

      - Mais vous avez les mêmes spécialités!

      - Tout le monde essaie de tirer son épingle du jeu!... Les danses sont différentes!

      - Ah oui, bien sûr, les danses...


    En fait, la seule différence entre les gens, c'est le sketch de Daniel Prevost, c'est celle à laquelle on est prêt à s'accrocher parce que... parce que rien.

      * Je pense qu'on doit pouvoir être prophète en son pays si on a une barbe postiche.


      * Découverte: le negro spiritual est basée sur les pratiques de l'Islam intégriste... « Oh lapidée, o lapidée »...



    * Une gonadine bien blanche pour la 4!


    29/06

    Puerte-la-Reina


    Une sensation étrange en passant le col de Roland entre pluie et vent et brouillard et froid... mais j'aime la montagne. Il se crée une réalité étrange, toujours mouvante, on s'éveillle chaque jour dans un lieu nouveau et familier fait de ces quelques repères immulables: les églises, les conchas qui jalonnent le chemin et ces bonnes vieilles marques rouges et blanches. Les pélerins changent et se ressemblent tous. On finit avec le premier venu une discussion commencée avec le dernier ou soi-même. On se salue, on échange, on butine et on se quitte sans plus de formalités. On découvre, on survole, les autres et le décors.

    L'immersion dans une langue nouvelle me fait toujours l'effet agréable d'un réveil, d'un étirement après une sieste pâteuse.

    C'est un voyage au rythme de la normalité, pris, épris même d'une routine confortable qui se meut lentement. Un peu plus chaud, un peu moins cher et toujours sponsorisé par ce bon vieux Coca. Des plaies, des bosses, un peu de philo barbante et de facilités plein le sac et c'est parti pour l'aventure commerciale de tous ceux qui cherchent, à peine un peu plus, à équilibrer quelque chose.


    Enfin voilà, après les vents turbulents des Pyrennées, le soleil brutal de l'après-midi espagnol. Tout tient le coup jusque-là et une petite légende est en train de courir, une de plus, dans le petit monde des peregrinos, celle de celui qui allait sans rien, à côté de celle de celui qui allait pied-nu ou celle de celle qui marchait avec un plâtre. Autant d'histoires qu'on se raconte dans ce petit microcosme particulier qu'est le camino.


    Un bonhomme a dit qu'un prêtre lui avait dit: ce que tu transportes dans ton sac, ce sont tes peurs... je n'ai plus de sac. Ce qui me fait peur, c'est de crouler sous tous ces trucs inutiles et de vivre en fonction d'eux. Alors à deux ou trois détails près, ça roule.


    Plus que 690km avant Santiago, fastoche!


    * Un pélerinage, c'est une marche déterminée. Ceux qui croient qu'ils prennent leur temps simplement parce qu'ils sont lents passent aussi les cinq sixièmes de leur temps à regarder leurs chaussures...


    2/07

    Logrono


    * Tout ce qu'on peut dire, c'est que les espagnols ne sont pas trop branchés « culture ». Par exemple, je n'ai pas encore vu une seule rue Victor Hugo.


    * Pélerinage: quand les étapes sont courtes, on peut toujours se détendre avec une petite randonnée ou la visite d'un clocher à 640 marches de hauteur. C'est vrai que si on n'aime pas marcher...


    * Ici, on constate à petite échelle ce qu'est le gaspillage: chaque jour, dans chaque albergue, 30 kilos d'ordures. Je pense que la conscience de ce siècle va faire mal... Un genre de crime contre l'humanité imputable à l'humanité entière. Il suffira de mettre une barrière autour du Lesotho et de dire que tout le reste du monde est une prison pour les coupables...


    2/07

    Soir à Granon


    Si ça ne l'était pas déjà, c'est officiel, je suis un furieux: aujourd'hui, j'ai marché 57 km en 11h dont une de pause ce qui fait une MOYENNE de 5,7 km/h pendant 10 heures! Et je crois avoir été RE-GU-LIER... Take it easy, même pas mal. C'est FOU!


    * A Granon. « Laisses ce que tu veux ou prends ce dont tu as besoin ». Waouw...


    4/07

    Sam Bol/Hontanas


      * J'aime le pain et même je trouve les champs de blé mur appétissants!

      * Passer 6 mois dans le désert avec des touaregs

      * 50km, je me prépare tout doucement une gentille petite retraite pleine de rhumatismes...

      * Un trésor métaphorique ça paye pas le loyer

      * En plein désert, on regrette que le symbole des cathos ce soit pas un disque ou un carré parce que pour ce qui est du soutien de Dieu en plein caniar, ils repasseront, une croix ça fait pas d'ombre!



    5/07

      Et puis une croix, ça abrite pas de la pluie...

      * Dans le genre « truc à savoir », ne JAMAIS faire confiance à un hyppi et en voyage ne JA-MAIS se laisser prendre par le côté « cooool », y 'a pas plus roublard et opportuniste qu'un hyppi et alors quand ils ouvrent une auberge... Une auberge!? Avec rien. RIEN. A la cool, reste cool mec. Il fait 0° la nuit, après une bonne toilette à l'eau de source glaciale, rien de tel qu'une platée de riz à 6€ et une nuit en plein vent, dehors, sans matelas et sans couverture. « Reste coool man! Moi, j'reste cool, j'ai pas froid. » Ouais mais t'as un pull; tu dors dedans à côté du feu et tu viens de te faire 70€ pour avoir fait bouillir de l'eau connard! En plus, y'en a deux qui voulaient baiser... J'suis parti. A 20h30. Après 50 km. Pour 6 de plus... Connards de hyppis. Des fainéants et des égoïstes. D'ailleurs j'ai mis un embargo sur l'orthographe de ce mot de cons!


    6/07


    * Ne pas faire le Yogi...! Après j'ai mal aux genoux. Débile. Je bosse pas au cirque du soleil!


      * L'art, c'est figer la vie. Je crois que c'est pour ça que je ne le vois pas, je trouve ça mort. Comme une ville. Alors j'ai peur, plus encore, de la réinsertion.


    * Les gens trouvent «ici» beau ce qu'ils n'ont pas le temps de voir dans leur vie quotidienne.


    * Le camino, c'est une simplification qui permet de voir. Puisqu'on est heureux avec le superficiel, pourquoi vouloir l'alourdir de mystique? La nature, l'effort, le nomadisme: beaucoup (je) n'ont jamais été aussi à l'aise. Tout le monde va à son rythme pour arriver au même endroit au lieu de s'entasser dans les embouteillages avec des buts minables.


    * J'ai une façon souvent arrogante d'être modeste.

    * Toujours une mouche qui fait résonner son vol hérétique au milieu de cette cathédrale de dévotion.

    * Une femme, ce n'est pas fragile, c'est plus fort qu'un homme mais elles jouent, minaudent la fragilité et un homme plus fort qu'une femme c'est un homme plus fort que tout. Je crois que c'est cette force maquillée (ou latente, qui s'épanouit à la moindre confiance) qui me résigne parfois, à défaut d'en jouer...


    2 commentaires
  • 8/07


    * Réfléchir à ce qu'on comprend des autres...

    * Un connard = personne à civilité déficiente

    * Marcher 50 bornes quand on peut le faire, ce n'est pas un exploit, c'est une nécessité. C'est moins glorieux que 20 km avec une ampoule sous le pied ou un surpoid de 50 kg (moins glorieux ou moins maso, d'ailleurs...). Aujourd'hui, j'ai exprimé ce que j'avais au fond, ce qui me fait avancer et me détruit. Je ne suis pas masochiste, non, mais je suis buté comme un troupeau d'ânes sourds et je préfère souffrir que revenir sur quelque chose que je sentais possible avant de commencer (avec modération).

    55 km en pleine Meseta... le désert ennuyeux, épuisant, les cailloux qui percent sous la semelle vieille de 1300 km, la chaleur montante de l'asphalte brûlant et puis 10 km à longer le périph' de Leon. Le sel de mon propre corps qui brûle toutes les surfaces irritées par les frottements, du scrutum au faît de la raie des fesses, la sueur qui coule dans les yeux... La chair à vif d'une ampoule sous une ampoule sous une ampoule et l'articulation qui ripe à chaque pas, forte de mes 90 (?) kg, douloureuse et sournoise. La démarche engendrée est alors une nouvelle source de souffrances musculaires du corps désaxé, malmené. Aujourd'hui, j'ai senti mon corps défaillir de douleur, mon coeur si mis à mal qu'il aurait pu s'arrêter. Et mon esprit qui sait que la limite est proche mais pas encore assez pour appeler au secours si on fait attention. Encore assez vif pour inventer un raccourci à travers les pins qui viennent d'apparaître sur le bord de la mauvaise route et la force de chanter, de sourire, parce que je ne peux m'en prendre qu'à moi-même et je n'en ai pas envie...

    La pizza de 15h, j'en ai digéré le concept, je la chie pas, je la pète. Je suis le calvaire étrange et heureux d'une folie qui ne se trahit pas.

    Moralité... Je suis à Leon, et ouais!

    Et je suis content d'enlever mes chaussures...

    Et crevé t'imagines pas.

    Moralité, c'était faisable...


    09/07


    Pile ou face, y a plus que ça... Face, je marche. Bon... Ce matin, j'ai eu la pensée profonde du jour: je deviens la vérité qui n'a plus rien à cacher parce que je ne la défends pas. Beaucoup qui défendent leur intégrité ne sont plus que ce combat pour la reconnaissance de leur intégrité, leur image, cette lutte binaire pour imposer une vision unilatérale, simple et rassurante. Pas que je m'en foute, au contraire, de la vérité des autres, simplement elle fait partie de LA vérité, celle qui fait une belle jambe parce qu'elle est trop vaste pour être intelligible. Un monde sans vérité est un monde libre. Aujourd'hui j'ai oublié de manger!

    Il n'y a plus que des maximes sans queues ni tête qui parlent à la logique des rêves, la logique ininterprétable de l'esprit vivant au delà de sa compréhension.

    Ah oui, les limites... on verra ce soir.

    19h, 36km, modéré.


    * J'avais négligé le facteur n°1!!! Je croyais que j'étais fatigué etc... en fait mes semelles sont presque trouées, c'est pour ça que j'ai mal aux pieds!!!


    10/07


    Ce mecs, c'est comme tous les étrangers, ils inventent leur langue au fur et à mesure sans hésitation:

    • Buenas nochas!

    • Buena noches!

    • ?

    • Bunos noche

    • Bounoche soches!

    • Babouches moches!

    • ?

    • Buenos dias!

    • Mouss Diouf Pilaf!

      Oh putain, arrêtez les gars!

    • Une mouse d'oeuf et de l'eau pour la 4!

    • Hein!?

    • « Mousse d'oeuf puis la flotte! »

    • Mais j'ai pas dit « mousse d'oeuf puis la flotte », je vous disais juste bonjour!

    • Et ben dîtes « bonjour » et arrêtez de m'emmerder!


    • El Acebo. Dentifrice au jambon pour tout ceux qui veulent pas se saloper la bouche avec de la menthe forte.


    * En allant à Compostelle, on ne peut pas dire qu'on découvre l'Espagne ou la France, on découvre le chemin de Compostelle, guère plus. Pareil qu'ailleurs en fait...


      * A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire

      A vanter son péril, on triomphe sans croire...


    11/07


    A la cowboy, le journal dans les pompes.


    12/07


    Laotze regarda devant, se retourna, regarda derrière et dit: le monde est grand!

    Et un élève lui répondit:

    • Et alors!? Moi aussi je peux dire « la terre est basse » ou « l'eau coule de haut en bas »!

      Et l'élève devint disciple.


    * Organiser une Broken Party.


    15/07


    * Joli petit agneau, si petit et déjà con comme un balai.


      * Dans cette auberge avant Santiago, je trouve ce qui résume le mieux ce qui pose un problème dans le monde. Après un succulent repas accomodé avec les restes, après trois jours extraordinaires avec une tchèque, après 1700 km de réflexion et de défi, de retour à l'essentiel, là posé innocemment presque plein, un vestige oublié de la sénilité du monde: dans cette albergue à 5 km de la félicité, il y a un « colorant alimentaire orange »! Du colorant alimentaire orange!!! C'est ce qui m'empêche d'être un hippi, ok chacun fait ce qu'il veut, chacun son chemin, mais tant qu'il y aura des cons pour mettre du colorant alimentaire sur leur chemin, je continuerai à être angoissé pour mon avenir dans les poubelles qui s'accumulent.


    Composition: monotruc de sodomium 26%, stabilisateur de mauvais goût 1% (gras double insaturé, huile de palme bouillie), épaississant (E25,E664 et quelques,E850,E430bis), ingrédient secret, colorant. Peut contenir des traces de boudin aux chanterelles, de lait de poule et de gasoil.


    Non mais y se foutent pas un peu de not' gueule!? Dans dix ans, les associations de consommateurs obligeront à écrire tous les ingrédients et les lobbies industriels auront le droit de conserver leurs secrets de fabrications...


    Composition: ingrédient secret 1 (pourcentage secret 1), ingrédient secret 2 (pourcentage secret 2), ingrédient secret 3 (pourcentage secret 3), sel, divers. Fabriqué quelque part, date de péremption au jugé. Pour toute réclamation, postez une enveloppe vierge dans une poubelle.


    16/07

    Santiago de Compostela


      * Dans une ville, on peut trouver tout ce dont on n'a pas besoin ailleurs.

      * Dans les albergues pour ne pas déranger il y a tellement de monde qu'on est obligé de murmurer super fort si on veut s'entendre.


    * Je sais maintenant quelles sont mes vraies valeurs: la cathédrale, la dévotion, le recueillement, c'est bien beau mais ça se mange pas!


    * Pas la même langue c'est le meilleur moyen pour garder son intimité dans un couple et aussi avoir un bon bouc émissaire pour expliquer toute la mauvaise foi: « je croyais que t'étais d'accord pour que je couche avec ta soeur, j'avais pas compris? », «  ah, tu voulais que je balaie? J'ai cru que tu voulais que je reste assis dans le fauteuil! Désolé ». Peinard...


    * Dans une panederia, on trouve... du pan!

    Dans une pasteleria, on trouve... des pastel!

    Dans une carneceria, on trouve... de la carne!


    Dans une boulangerie, on trouve... du pain...

    Dans une charcuterie, on trouve... de la viande, et de la charcuterie.

    Et dans une pâtisserie, on trouve... des gâteaux.

    Verbe être au présent: je suis, tu es, il est, nous sommes, vous êtes, ils sont...

    Je vais, j'allais, j'irai...

    Un oeil, des yeux... No comment.


    * Parler d'amour dans un appartement, c'est parler d'amour au beau milieu d'un réseau de tuyaux qui draînent de l'eau sale et de la merde.


    * C'est un beau bidet!


      * Je ne suis pas très avancé sur les questions phiolosophiques majeures concernant ma petite et néanmoins labyrhintique personne (dans le sens où si on connaît le plan, on peut pas se tromper) mais pour ce qui est de l'ontologie en général, à la question « où va l'humanité? » une bonne part des gens rencontrés va à Santiago. Pour ce qui est de mon âme, et bien, pour un but donné, je choisis souvent les bonnes voies, je « sens » de mieux en mieux... reste le problème du but en question, complétement superflu.


    18/07


    Si être perdu peut se résumer à savoir où on est à 70 km près, alors oui, effectivement, on est perdus.


    19/07

    On the road again


    * Ces instants magiques où on croit à la liberté parce qu'on a trouvé un sandwich dans une poubelle.


    * Etre vieux, c'est quand on n'a plus la force de le devenir.


    * Ca va.


    * « Allez tous vous faire enculer », si on replace dans le contexte, c'est peut-être la seule parole sensée de Jésus.


    * Je crois qu'on ne devient pas fou, on perd seulement le besoin d'expliquer chaque étape du raisonnement aux nigauds alias les autres... et d'écouter les leurs, d'ailleurs...


    20/07


    Je suis tellement bien avec elle...


    * « Mais non, il est pas délabré cet immeuble, il y a que les 2 premiers étages qui sont délabrés, le reste a été refait à neuf »...


    * J'ai toujours pas compris comment on disait schtroumf en espagnol, pas moyen de leur parler de quoi que ce soit à ces gens!?


    21/07


    * Une des grandes lois du highjacking c'est qu'un nombre considérable de gens sympas ont des voitures déjà pleines ou vont dans l'autre sens... Dès qu'ils ont la possibilité d'aller plus loin que l'empathie, ils se dégonflent. Sauf les anciens highjackers qui ont acheté une voiture parce que personne ne les prenait...


    * Les cours d'anglais, ça permet entre autre de sortir dans un anglais impeccable des phrases comme « it's the flatest croissant i've ever seen ».




    22/07

    J'aime bien pouvoir résumer ma vie avec des phrases du genre, «je suis rentré du pélerinage de Compostelle en stop avec une tchèque dont je suis amoureux »...


    En conclusion...


    Aller au bout de mes limites y a que ça qui me fait bander. Pas se jeter dans le vide pour l'adrénaline et puis souffler un bon coup, aller chercher la limite lentement avec ses propres forces, sentir chaque muscle et chaque articulation, chaque pensée corolaire, deviner chaque gravillon sous mes semelles, chaque lézard dans les fourrés et sentir le vent... Viser la limite, la sentir approcher effrayée, effrayante et puis la faire sauter d'un sourire.

    Je suis parti de loin, de la couardise la plus intense pour tout ce qui n'était pas respirer mais beaucoup de mes proches ne l'ont même jamais vu. Chance ou pas, quand on grandit avec une boule dans le ventre, on se terre ou on s'affronte et cette sensation de peur devient familière, inoffensive. Chance ou pas, quand on grandit avec une boule dans le ventre, on est pas plus effrayé par une meute de loups sauvages que par le fait d' inviter une fille à boire un café. Une fois qu'on a sauté le pas, il n'y a rien de plus difficile.

    Je suis trop réfléchi et trop nigaud pour avoir une décision tranchée, un sourire qui ne sous-entend pas une amertume, une générosité qui n'ai pas conscience de son calcul, trop complexe pour savoir réellement ce que je dois faire, trop responsable et gâté pour choisir entre la raison et les loisirs. J'ai toujours cette sensation de gabegie canalisée, de fourreau trop étroit mais c'est cette réactivité permanente qui me donne vie, contre le gaspillage, la modération, contre l'ascèse, le plaisir... Et blablabla... Ah ah! L'important c'est que ce soit important et l'élève devint disciple. J'ai jamais été plus mature qu'à huit ans. Il manquerait plus que je tire des leçons de quelque chose! Y'en a qui croient à la maturité, d'autres qui appelle ça de la compromission, en vérité, je vous le dis (cf Jésus), ça s'appelle pas, ça se vit. La vie, c'est comme les frites, y'a ceux qui en parle et ceux qui la mange. D'en parler un peu, ça permet de digérer ou alors on se fait vomir pour avoir que le fresh-effect sans les calories, à la romaine. Des calamars à la romaine, c'est des calamars qu'on vomit?


    Ah... une idée sur un phénomène qui semble prendre de l'ampleur: «l'instant présent», la quête du 21e siècle sponsorisée par les supermarchés! «Profite du moment présent, fais-toi plaisir!»... Le présent, on ne le perd pas, c'est comme son ombre. Suivre des thérapies et des stages et des maîtres à penser pour profiter de l'instant présent, c'est comme payer un détective pour retrouver son ombre! Mais ça sonne bien, ça sonne juste dans cette ère de compromission, de sacrifice à son propre confort. Le présent, on ne le perd pas, il est là, impalpable, c'est un compagnon de route fidèle. Le chemin métaphorique a ça de symbolique: on va quelque part, on marche, et le présent est une corollaire de la dynamique, quelle que soit sa vitesse. Ce n'est pas une inconséquence enfantine, ce n'est pas le retour à l'insouciance, un caprice qui fait cèder à ses pulsions, c'est une conséquence de la marche, une conséquence de la vie. Quand on doit assumer seul sa marche, l'instant présent est inscrit dans une continuité. Le présent ne doit pas exister au dépend du futur et vice-versa. Et comme un hôte courtois, je mange dans les mêmes plats...

    Comprend qui peut...


    Bon en résumé, les kilomètres ça ne veut plus rien dire, tout se fait. On a tous la force de faire ce dont on a besoin, on a tous la force de faire ce qu'on aime. Compostelle, c'est du temps qu'on prend pour soi, ici ou ailleurs, ça permet de faire le point sur la machine, de régler tous les petis détails de fonctionnement, de voir du pays, de discuter avec les autres et d'échanger des astuces, mais surtout ça permet de travailler son anglais de voyage et d'avoir un prétexte pour ne rien faire pendant deux mois! C'est la plus respectable des excuses de fainéants...


    Et en dehors de toutes ces considérations, l'odyssée qui coule dans mes veines et cette musique au fond de ma tête. C'est parfois destabilisant de ne pas se fixer de repères mais le monde est un mélange de lui-même. Il n'y a pas de zone-étalon, c'est un long dégradé global de cultures, de biotopes, de langages à partir de nulle part... A force de tout rattacher à un standard, on en oublie la diversité, la subtilité omniprésente, on se promène d'un stéréotype à l'autre en appelant ça de la finesse, on découvre un endroit par comparaison. Plus rien n'a de valeur propre que sur une échelle grossière, rendue crédible à grand renfort de science et d'analyse. La réalité est vaste, ne jamais perdre ça de vue. La réalité n'est pas décomposable en entités claires. La vie n'est pas une suite de séquences (même si c'est plus pratique pour écrire un journal par exemple). La civilisation de la communication n'a plus rien à communiquer, on ne vit plus assez vite pour tout ce qu'on voudrait en dire. Tout est trop simple, trop binaire, trop idiot, l'humanité (celle qui mange à sa faim!) s'identifie chaque jour davantage à ce qu'elle communique, à ce qu'elle déclame, à ce qu'elle écrit, en oubliant que ce n'est qu'un moyen de communiquer, pas un moyen de ressentir, pas un moyen d'exister. Les mots ne sont rien sans l'expérience qu'ils réveillent, ils ne servent pas à comprendre quelque chose de nouveau, sans la vie qu'on leur insuffle, ils restent inertes. Mais ce n'est qu'un problème de village. On a vite tendance à oublier que l'humain n'a que peu d'ascendance réelle sur son milieu, qu'il n'occupe qu'une part infime de la surface ne serait-ce qu'habitable de la planète et que son impact concret et durable sur l'environnement n'est qu'une goutte de mercure dans une baignoire de paramètres connexes. Les aléas climatiques n'ont pas attendu l'industrie et la vie a toujours trouvé un chemin. Ce qui peut-être angoissant, c'est qu'on ne sera peut-être pas dessus, mais se jeter à grande échelle sur la première solution venue ou passer sa vie à se flageller n'empêchera pas la nutation ou la fonte des glaciers. A l'échelle de l'espèce, c'est l'asphyxie désespérée d'un noyé gesticulant, humain ou papillon, qui consomme tout son oxygène avec la conviction instinctive qu'il n'y a que ça à faire... Le propre de l'Homme? C'est... rien de spécial.

    By Ricardo Fiftioane, 5 juin-25 juillet 2007

    PS 29/07, rentré depuis 4 jours... j'étouffe déjà...

    Merci à tous ces gens super qu'on rencontre en route (Lio, Elsi, Thomas, Daniel, Germaine, Pierre, un italien, Pedro, Petrus, Olivier, Tim, Sylvia, Anick et son mari, Gina et les ponctuels). Merci aux cons d'être venus quand même pour qu'on puisse dire du mal de quelqu'un en toute quiétude pour son karma. Merci à Lavillier pour On the road again, et merci, merci à Enya pour avoir réaliser ensemble ce que cette chanson symbolise et qui m'est cher. Et merci à Canned Heat pour On the road again qui donne la pêche pour décoller le matin. Et puis à Hélène A. qui a eu la généreuse idée de faire couler un peu de sève le long des branches pour beurrer le bon-henri. Et enfin merci à tout ce qui a initié et entretenu une instabilité chronique qui me permet d'avoir une idée sauvage dès que j'ai cinq minutes et un euro...


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