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WillbeeN

Ricardo Fiftioane

Soulager Atlas | 22 janvier 2008

 

Soulager Atlas


Par une matinée de printemps

Nous foulions innocents

Les chemins de traverse,

Jambes et pensées légères

Sans rien à satisfaire

Nous allions simplement.


Mais derrière l'horizon

Nous aperçumes un homme

Défiant toute toison,

Que dis-je un homme, un Dieu!

Qui de ses pieds foulait la Terre

Et de ses mains les Cieux!


En voyant sur ses tempes

Flots de transpiration

Je voulus compatir,

Comprendre son action;

Saluant mes amis

Enclins à d'autre avis

Je rejoins le géant

Au plus près de son ouïe:

-Dîtes-moi en quoi consiste

Ce fardeau qui s'impose

Que peut-être j'assiste

Le temps de votre pause.

- Je supporte le ciel

Pour le bonheur des Hommes

Dans l'indifférence telle

Que cette vie m'assomme...

- Je le tiendrais pour vous

Le temps que je pourrais

Et vous suis gré pour tous

De l'usure de vos braies.

- Tu n'es pas assez fort

Pour soutenir ce poids!

- Je pourrais faire l'effort,

Ne serait-ce qu'une fois!

- Mais tu es trop petit,

Le ciel serait trop bas!

- Pendant ces quelques heures,

Les pies ne voleront pas!


S'étant laissé convaincre

De me charger du lest

Le géant s'allongea

Pour savourer sa sieste...


Mais je compris bien vite

Qu'en fait de réticences

Le géant minaudant

Créait son importance:

J'eus beau tâter tout l'air

Piétinant les éteules

Serait-ce le fait d'équerres?

Le ciel tenait tout seul!


Quand dispos l'homme immense

Voulut reprendre office

J'espérais le convaincre

Que sa tâche était vaine

Mais,

Il fit fi des dispenses,

Céda à son caprice,

Et préféra trouver

Du beau au sacrifice...


Mes mois passèrent ensuite

A écouter ses plaintes

Oubliant peu à peu

Que sa peine était feinte,

Moi qui croyait l'aider

En pleurant son supplice

C'est un peu de son ciel

Qui m'emmène à l'hospice

Parce qu'une fois décidé

A être son cortège

C'est de mon propre gré

Que je fus pris au piège.


On devrait se méfier

Du malheur qui s'affiche

Comme d'un secret confié

Au premier qui s'en fiche:

Chacun louera sa cause

En fait de dévouement

Mais les plus forts se taisent

Et meurent sans voir trop grand,

Chacun possède en lui

La force surhumaine

D'être martyr d'un rien

De glorifier sa peine,

Il en faudrait pourtant

Un peu moins, du reste

Pour oser rester humble

Dans une vie plus modeste...


Comme on est bien souvent

Ce que l'on reconnaît

Il n'est pas étonnant

Que le jeu fasse effet

En fait, pour ces "héros"

Qui "méritent" d'être tristes

On s'oublie assez tôt

Pour danser sur leur piste.

Publié par willbeen à 12:24:31 dans Les B. C. I. | Commentaires (0) |

Sonnet de sauvetage | 22 janvier 2008

 

Sonnet de Sauvetage


Faste flottant de l'humaine condition

Qui porte vers l'autre rive les espoirs infondés

Divertis du voyage par diverses attractions

Rendant chaque conscience plus inféodée


Dans ce huis clos d'opulence et de facilité

Voguant sur l'océan de la sobriété

Se noient les adipeux, trop saoulés de lipides

Pendant l'effervescente cérémonie des fluides


Rouillée de l'intérieur, happée par les éléments, coulée par le soleil

L'arche pompeuse sombre sans épargner ses hommes

Laissant une barque pour les plus humbles


En calme appareil

Survivre du minimum

Heureux et simple.

Publié par willbeen à 12:23:58 dans Les B. C. I. | Commentaires (0) |

La mare de mon nombril | 22 janvier 2008

 

La Mare de Mon Nombril,

Petite Nouvelle Paresseuse


Ce matin, il fait bon. Je me suis levé à l'aube pour aller faire une sieste sous un arbre. Un peu de rosée s'est condensée dans le trou de mon nombril.


Au début, les acariens et toutes les petites bestioles qui se baladaient sur ma peau s'y baignaient et puis bien vite, c'est devenu "LA" mare branchée. Tous les trucs vivants s'y donnaient rendez-vous, les fourmis pour manger les acariens, les oiseaux pour manger les fourmis, les chats pour manger les oiseaux et l'ensemble de la chaîne alimentaire dont un maillon se perdait parfois dans ma bouche.

En picorant les fourmis, les oiseaux laissaient de petites cavités peu à peu remplies par la terre que chacun apportait à ses pattes. Un peu de vent, quelques abeilles et les graines les plus légères y ont poussé.


Autour de la mare, il y a maintenant des herbes, des fleurs qui stabilisent la terre de leurs racines, des fourmilières et des insectes qui me chatouillent toute la journée. Les petits crapauds ont aussi pondu quelques oeufs. Un rayon de soleil chauffe le microcosme huit heures par jour, les tétards vont bientôt naître.


L'autre jour, je me suis réveillé, à l'ombre. Autour de mon nombril, il y avait un sous-bois aux senteurs printanières, des fraises, des iules et des souris. Un arbrisseau s'était pris d'affection pour moi et m'enlaçait de ses racines... je ne me suis pas senti de le bousculer. Il y a à manger, il fait bon, la terre et l'humus me tiennent chaud la nuit et de petits compagnons de jeu passent me voir de temps en temps. Maintenant, depuis ma forêt, j'ai tous les prétextes du monde pour ne plus jamais me lever...

Publié par willbeen à 12:23:31 dans Les B. C. I. | Commentaires (0) |

ANNEXE Les Braderies de la Cave Inepte | 22 janvier 2008

 

ANNEXE







les Braderies

de la Cave Inepte








Il n'y a qu'une gageure

C'est que celles-là vous plaisent

Pour qu'une seule soit meilleure

J'ai laissé les mauvaises...

Publié par willbeen à 12:23:00 dans Les B. C. I. | Commentaires (0) |

Le Crime Parfait | 22 janvier 2008

 

Le Crime Parfait


C'était le bar le plus crasseux de la ville, la plaque tournante de la puanteur sordide et des toccards sur la touche. La serveuse, Gina "Balépate" roulait sur ses soixante-ans avec le charme d'une vieille routière. Elle était bien cabossée et malgré quelques fonctions élémentaires qui lui servaient encore, les options étaient en panne depuis belle lurette. En tortillant ses fesses sous une jupe huileuse, elle se dirigea vers la table des quatre caïds assis près des goghs et lança de sa voix railleuse:

- Qu'est-ce que je vous sers mes loulous?


Les gars assis autour de cette table avaient l'air d'avoir sombré avec le navire. Ils étaient recouverts de la même couche de crasse et le "Pic", qui parla le premier, avait la marque de son coude limée dans le bois de la table:

- Pour moi ce sera un picon, Gina

Son vrai nom, c'était Tony Velecci, dit "le Pic-Vert" parce que sa première taule, il l'avait écopée en piquant dans le tronc de la paroisse. Il avait pris l'habitude de prendre une chambre à la semaine entre deux gardes-à-vue. Un repas sur deux, il le prenait avec les poulets.

- Un lait, répondit une voix maniérée.

Lui, c'est Arsène Lopin, faussaire immobilier. Il fabriquait de faux titres de propriété pour une agence-écran et encaissait les arrhes des gogos avant de prendre la fuite.

- Pour moi ce sera une anisette, poupée! lança Mic-Mac avec un clin d'oeil.

Michel Champotier, maquereau, Mic-Mac. Il aime bien jouer les tombeurs. A court d'argent, il s'est marié avec la prostituée qu'il fréquentait pour baiser à l'oeil et se faire un peu de blé sur son dos. Mais étant son seul client, les affaires n'ont jamais marché.

Le quatrième larron, c'est Joe le Mime et personne ne sait ce qu'il fait là, mais il n'a jamais posé aucun problème.

- Et pour Joe? demanda Gina.

- Comme d'hab', un ballon de rouge avec du sirop de menthe glaciale. Quand il en aura marre, il parlera! répondit le Pic avec un rictus provoquant.

- Comme tu voudras, chéri, conclut Gina en levant les yeux au ciel.


- Messieurs, commença le Pic, si je vous ai demandé de venir, ou de rester pour certains -Mic, ou si je ne vous ai rien demandé -Joe, c'est parce vous et moi sommes de la même trempe, dit-il en testant son auditoire... Avant de me retirer, j'aimerais faire un beau doigt d'honneur à la déveine. Beaucoup de projets ambitieux ont échoué dans un concours de circonstances mais cette fois, c'est le moment de frapper un grand coup, d'inscrire une bonne fois pour toutes nos noms dans la longue histoire du grandbanditisme...

Les trois autres marquèrent une approbation.

- ... Il y a quelques jours, reprit-il, j'ai eu une idée, l'idée d'un cambriolage grandiose, sans blessés, sans témoins, parfait! Mais j'ai besoin de vous pour le mener à bien.

- Continue, marmonna Mic-Mac en lui soufflant la fumée de sa gauloise brune au visage avec un clin d'oeil.

- Hum hum. Merci Mic. Je sais que vous êtes tous plus ou moins réticents à l'idée de vous replonger dans les emmerdes, mais ce que je vous propose, c'est du sans risque. Voilà le plan: toi Lopin, tu nous dégottes une grosse baraque pas chère qui va se faire raser vite fait. Toi Mic, il faudra que tu peignes un peu ta poufiasse pour qu'elle soit présentable et que tu te trouves des fringues correctes, ok? Et moi, je m'occupe des invitations.

- Des invitations? dit Mic avec un clin d'oeil.

- Ouais, c'est ça l'idée. On organise une fête de charité pour une bonne cause bidon dans une baraque "nouveau riche". Mic et ta pute...

- Un peu de respect quand tu parles de ma femme, s'te plaît! dit-il avec un clin d'oeil.

- ... mouais, bon... Mic et "madame" Champotier, vous serez les Du Champs Du Potier, des nobles de bonne famille qui débarquent dans le coin, et pour vous faire bien voir dès le début, vous organisez une sauterie payante pour les enfants pauvres.

- Et toi? demanda Lopin.

- Moi, je serai le parrain, celui qui revient d'un séjour auprès des enfants. Ils voudront tous venir pour s'afficher, on peut se faire trois ou quatre millions facile!

- Et l'argent? relança Lopin, j'aurais besoin d'une avance pour la maison.

- J'y viens... On a tous un peu de côté, non?

- J'sais pas, Pic. C'est bizarre ton plan!

- Moi, je peux avancer cinq cent mille, dit Mic avec un clin d'oeil.

- Comme tu voudras, je te fais confiance. J'avais gardé cet argent pour ma retraite, mais je peux avancer neuf cent mille, dit Lopin.

- Et moi sept cent mille, ce qui nous fait deux millions cent mille. Le Mime, tu suis?

- ...

- Bon, on a deux millions cent, ça devrait couvrir les frais. Pour la bicoque, six cent mille, ça devrait suffire. Quelques trucs à grailler, les timbres, les costards, un peu de déco quand même, on sera large...

- C'est vraiment bizarre ton plan, on va tous se faire reluquer pendant des plombes et on n'est pas sûrs que ça marche...

- C'est du sans risque, j'te dis! Les richards y verront que les costards, t'enlèves ta veste, tu remets ton cuir et ni vu ni connu, personne te reconnaît. Et puis ça leur fera tellement mal au cul d'avoir fricotter avec les pauvres qu'ils en parleront jamais!

- Mouais...

- En plus, avec le pactole, on se casse en Amérique du Sud.

- Pas de trace tu dis?

- Pas de traces, comme si on n'était jamais venus, la baraque est pas à notre nom, pas de morts, pas de braquages, tout en souplesse... On en ressort blanchis et riches.

- Et les chèques.

- Quoi les chèques?

- Si on nous fait des chèques?

- On ne peut pas se faire prendre à cause de ça, faut pas être trop gourmands, les chèques on les balance.

- Ca fait qu'on perd du blé!

- Cinq cent mille, un million grand max', ça nous laisse trois millions lourd!

- Faut cibler les gogos, pour faire moins de témoins.

- Ca, je m'en charge, dit le Pic.

- Le mieux ce serait de trouver une baraque pas trop voyante. Ou même faire un compte fictif! Pas besoin de fiesta, on envoie les papiers par la poste et on récolte l'oseille, pas vus pas pris.

- Pas bête... Pas bête du tout même. Lopin, t'es quand même des nôtres?

- Je n'étais déjà pas très chaud au départ, mais si ne je sers à rien...

- Et moi et ma poule, on sert plus non plus du coup!?

- Ah... Ouais... Et toi, Joe, tu marches toujours?

Le Mime haussa les épaules.

- Si je comprends bien, je me retrouve tout seul! s'irrita le Pic.

- Ben écoute, on n'est plus tout jeunes. Et puis regarde, si on oublie les baraques, les fringues, la graille et les lettres, on économise deux millions, c'est pas rien. En quatre, ça fait cinq cent mille chacun.

- Qu'est-ce que tu me racontes?

- Je dis juste que si on reste là, on se fait cinq cent mille chacun, au bas mot.

- Cinq cent mille chacun?? Sans rien foutre??

  • Ouais, pas vu pas pris.

  • C'est quoi l'arnaque?

  • Y'a pas d'arnaque! Deux millions divisés par quatre, cinq cent mille...

- Messieurs, je lève mon verre au coup parfait!

- Au coup parfait, dirent-ils en coeur, sauf le Mime.

Publié par willbeen à 12:22:12 dans Les B. C. I. | Commentaires (0) |

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