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WillbeeN

Ricardo Fiftioane

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Arshet Pletan ***** | 10 avril 2008

 

Dans la confusion générale de mes divagations, j'arrive à entrevoir un point d'attache, un point lumineux qui voudrait dire quelque chose. Je ne suis pas arrivé jusqu'ici pour mourir d'inanité! Je n'ai plus rien à perdre que la possibilité de m'en sortir... Attendre la mort doit être pire que tout, la sentir me violer langoureusement sans broncher. Va te faire foutre, salope, tu veux m'avoir, rattrape-moi! Tant qu'il y a de la folie, il y a de la vie : de l'autre côté de l'avalanche, un peu en contrebas, il y a une grotte qui semble assez profonde. En sauts de cabris, je peux essayer de la rejoindre, pour trouver un peu de sécurité, un endroit sec.


Mon étoile est là, depuis toujours, elle ouvre juste assez la voie pour que je m'y engouffre. Entre la pluie et le froid, la faim, ma tête si chaude, prête à éclater, elle était un peu submergée mais elle s'est occupée de la pluie, l'espace d'un instant, elle attendait seulement que j'en aie besoin.

Les cailloux dégringolent, les quadriceps sont dissous par l'acide lactique mais j'atteins la grotte. Mais c'est un leurre, un trou, plus foncé que les autres, assez sombre pour créer l'illusion et je me retrouve face à la paroi friable qui depuis le début se sépare de blocs entiers dans le goulot de la coulée de pierres. Ca devrait être alarmant, mais non. D'ici la vue est splendide. Une lumière gris clair se diffuse à travers les nuages, qui enfin se taisent, illuminant les traits précis du glacier. Le lac turquoise se couvre de ridules sous les assauts du vent qui depuis cette hauteur lui donnent vie. Et ce vent artiste, je le vois sans le sentir, protégé par les deux falaises. La vie n'est jamais aussi belle que quand on a failli la perdre, et tout mon corps continue à vivre simplement pour être encore un peu ici.

Ces entraînements idiots doivent bien servir à quelque chose, je dois avoir un bon sens de l'équilibre et quelques réflexes pour la descente des gravières. Avec deux ou trois paliers sur les rochers les plus gros, je devrais pouvoir redescendre. Il faut surtout accepter la glissade ou c'est la chute incontrôlée, s'offrir à la pesanteur pour se diriger. Accepter l'inévitable pour en tirer ce qu'on veut, tout est là.

Je tiens encore debout! Au sortir du goulot d'étranglement, je reste un instants encore sur un promontoire de fortune à contempler la majesté de cette nature brutale et tranchante. Mais tout à coup, des bruits de roches qui s'entrechoquent me sortent de ces songes: les sauts d'un cabris de 85 kilos ne sauraient restéer sans conséquence... Courrir serait peine perdue...

Avant d'avoir évité une avalanche de roches, on ne peut pas vraiment comprendre qu'une météorite de trois grammes puisse faire un cratère de quinze mètres de diamètre: le plus petit des caillousseaux peut provoquer une douleur étourdissante et lors de la danse tribale qui permet d'éviter les plus gros, les répétitions font défaut. Je crois n'avoir jamais été aussi instinctif de ma vie.

C'est difficile à comprendre peut-être, mais quand on a frôlé la fin et regardé son vide en face, tout devient un jeu, l'impact sur ma cuisse est un point de bonus perdu. Un jeu prenant qui accapare toutes les attentions. Il faut aller le plus loin possible avec sa chance et quand la partie sera finie, tant pis. Pour le reste du monde, rien n'aura changé. Des pleurs ou des larmes pour les plus entourés, mais rien de plus qu'un détail dans la partie de ceux qui continuent. Je ne sais pas comment l'expliquer... Je suis exactement là où je dois être pour être à ma place. Ce jeu dangereux, stupide, perdu au milieu des glaciers, j'y suis à l'aise, c'est le jeu qui me donne envie de continuer, il utilise ce que je sais faire et me pousse au bout de moi-même sans aucune frontière, sans aucune preuve de modération à fournir. Ici, je peux laisser s'exprimer ma propre folie sans subir celle des autres.


La "fin" de la descente se passe sans trop de problèmes. Un petit signe au spectre orange pour qu'il m'emboite le pas et nous voilà de retour sur ce sentier flou qui longe le lac. En marchant vite, le camp déserté pour les touristes n'est qu'à deux heures de marche, on peut y être avant la nuit.


Encore ce campement sinistre au milieu de l'étendue accidentée. Une gorgée d'eau du lac et les jambes marchent à nouveau. De l'autre côté de l'étendue, au pied des montagnes de montagne, une meute d'animaux. Le dernier mot que j'ai appris en népalais, c'est "loup"... Dans un moment pareil, sur un espace totalement ouvert, la notion de meute et plus encore celle de "meute de loups" est celle dont on aimerait ne pas avoir besoin; "essaim d'abeilles" ou "nuage de sauterelles" auraient fait l'affaire, mais "meute de loups" provoque la même insécurité que "horde de visigoths".

A mieux y regarder, leur démarche est un rien bondissante, lointaine, mais bondissante. Les loups marchent le dos parallèle au sol en prenant appui sur le sol avec leurs coussinets. Aucun carnivore n'a le cul qui s'envole en vitesse standard. Il y a quelque part sur cette planète, un documentaliste animalier que je voudrais embrasser sur la bouche pour tous ces détails. La meute de loups est bel et bien un troupeau de cervidés qui broutent les touffes d'herbe rase.


Encore deux heures à longer ce lac immense, avec des points lumineux qui dansent devant les yeux et des points à l'estomac qui rytment la cadence. Au pouls rapide et hargneux qui martèle mes tympans, je repense à toutes ces bulles d'air prêtes à déclencher une rupture d'anévrisme; monter 3000 mètres en deux jours, le corps l'encaisse difficilement.


Quatorze heures sans croiser personne. Cette solitude salvatrice aurait pu nous détruire.

Qu'aurait-il fait si j'avais dormi sous le roc ou sauté? Il serait resté planté là sans rien dire à méditer quelque chose?

Il y a un précepte bouddhiste qui me revient: "la vie est un chemin qui va", ça veut dire que chaque instant de l'existence est un but en soi, peu importe la valeur qu'"on aurait pu lui donner. Pour ce moine, "la vie est un chemin qui reste", la "présence est un caillou qui est"! Ou alors il pousse le respect de la personne jusqu'au don de lui-même, il ne me fera pas l'offense de me rappeler ma parole, au dépend de sa propre existence!?


Vers dix-neuf heures, le bord du plateau apparait et la nuit tombe dans les reflets violacés du crépuscule sur le glacier. J'avais surestimé la vitesse de croisière, le camp de base est encore assez loin, au bout de cette pente interminable à monter. Mais au point où on en est, je pense qu'il ne faut pas être trop regardant sur la rentabilité des efforts.

Arpenter ce chemin à l'envers n'est pas moins difficile, les muscles à bout n'amortissent plus les chocs qui se répercutent dans les genoux et la colonne. Pourtant, la nuit cache le précipice et la possibilité que le chemin s'affaisse, je commence à courir... Au cours de la descente, je replonge dans le nuage de brume glacée mais l'élan est donné, tout arrêt sera pour aujourd'hui définitif. Mes godasses foutues s'empiffrent de fleurs et de bouses, parfois d'un angle de rocher qui me fait trébucher, mais la chute est rattrapée par la course et les jambes se rattrappent. Je perds peu à peu le bruit des pas du moine, mais il n'y a qu'un chemin, je n'en peux plus.

Les souvenirs du matin me guident dans l'obscurité. Une dernière ligne droite et le chemin se perdra de nouveau entre les montagnes pelées et les glaciers qui encerclent le camp de base. A tâtons auriculaires, je cherche le glouglou de la fontaine d'eau claire. Enfin...

Le temps de franchir le petit muret et de monter l'escalier en bois, je suis face à une chambre ouverte. Par la fenêtre d'une autre chambre, j'ai pu voir quelques couvertures, pourtant, celle-ci est fermée et je ne peux me résoudre à en briser la porte. Les chambres sont offertes, cette bonté doit suffire. En empilant les vieux matelas en mousse sur un roulé de drap fourré à l'homme, on doit pouvoir se chauffer. Il y a un autre proverbe, tibétain celui-ci, qui dit que l'homme n'est pas fait pour le confort comme la chèvre n'est pas faite pour le plat; à vingt-et-une heure, après seize heures de marche harrassantes, affamé et nu, je suis enfin allongé pour de bon sur un sommier en planches, mais c'est ici, oui, c'est ici que le jeu continue. Un jeu sans enjeux. Deux heures de troubles encore, de rêves usant de randonnées pour purger l'esprit de son inertie et je plonge dans un coma de huit heures.


Dodo, debout, retour.


On arrive à la partie coup de poker de la cavalcade. On est à environ quatre heures de marche de Manang, il n'y a pas moyen d'y échapper. Il y a deux ou trois sentes qui la contournent pour rejoindre le Thorong-La mais ce ne sont jamais que différents passages dans les broussailles à découvert. Depuis le tertre sur lequel la ville est construite, on voit absolument tout. C'est de la pêche au filet, on l'installe au bas de la rivière et on attend que le poisson s'agglutine. Mais ce n'est pas comme si on avait le choix.


Je ne sais pas ce qui est le plus épuisant, si c'est d'avoir faim, ou l'idée d'avoir faim, quoi qu'il en soit aucune des fleurs n'a l'air plus nourrissante que les pâquerettes, on va devoir se jeter dans les "filets" à jeun. Je crois n'avoir jamais été autant à jeun d'ailleurs, pour une prise de sang ce serait l'idéal, au premier camion de la croix rouge je m'arrête.


Je repense à ces chemins impossibles que la pluie a dû emporter et qui doivent être plus instables encore. Jusqu'à Manang, il y a la Khangsar Khola, la rivière du glacier, et son talweg peut nous conduire sans détour à la prochaine étape, là au moins, personne ne s'attendra à nous voir. Elle est seulement quelques mètres sous le chemin. C'est presque écoeurant de devoir se jeter comme ça dans la gueule du loup après tout le mal qu'on s'est donné.


Deuxième mauvaise idée de la journée: l'Annapurna n'est pas un glaçon sous une ampoule, c'est un glacier à portée inquiétante des ultra-violets, sa fonte n'engendre pas un filet d'eau qu'on peut suivre. Peut-être que je perds un peu les pédales, finalement. Les remous surpuissants arrachent les rives et creusent la montagne à une vitesse incroyable et la mousson n'attendrit pas vraiment son comportement. C'est fou comme une bonne nuit de sommeil permet de récupérer, je serais presque parti de bon coeur ce matin. Et ce moine infatigable! Il est arrivé quand? Je l'avais lâché en plein milieu de la nuit hier soir et ce matin, il était prêt à partir, assis devant le camp de base. Aujourd'hui, la vie est un chemin qui revient, j'espère que ça lui conviendra.


Après quelques centaines de mètres, il n'y a plus aucun passage sur le bord de la rivière déchaînée et les blocs sur lesquels nous prenions appui pour avancer par grandes enjambées sont emportés par le courant. C'est triste à dire, mais il va falloir remonter sur le chemin précaire, celui qui coupe la gravière. Hier, l'esprit peinait avec l'effort, aujourd'hui, il encourage, ménage l'organisme éreinté. Il a dû se passer quelque chose, j'ai l'esprit clair, léger, pointé comme un rayon laser sur mon objectif; par contre tout le reste commence à être bizarrement aléatoire. L'objectif en l'occurence qui commence à changer toutes les dix minutes et le corps qui semble se phagocyter avec appétit.


Une heure d'une difficulté qui devient répétitive, entre appuis qui s'emiettent et pauses asphyxiées. Comme prévu, la pluie a emporté une partie du sentier déjà mince mais a tassé le reste, au moins au début. Et quand la gravière prend toute son ampleur, du sommet de la montagne jusqu'à la rivière trois cents mètres plus bas, je ne sais plus tellement si j'ai envie de risquer la chute. Tout compte fait, je nous voyais mal dans les rapides mais maintenant qu'on se retrouve face aux graviers mouvants, la rivière semble plus calme. Et ce moine qui marche de plus en plus loin derrière, si taciturne même que personne ne l'a salué depuis longtemps. Partout son silence a troublé la vie et la simplicité. Quel besoin de l'escorter jusqu'aux confins du Mustang, nulle place n'est plus sûre qu'ici. Il pourrait méditer sans l'interruption de tous ces êtres vivants trop bruyants, se nourrir d'eau et de feuilles, parfaire son ascèse. Je me retournerais et il sera toujours sur son chemin qui va, économisant ses forces pour son équilibre intérieur sans se soucier des canons qui nous traquent. Ou peut-être est-il épuisé? Je lui retourne son respect, je ne vais pas m'immiscer dans son karma s'il n'en fait pas la demande.




Cinquième jour, le jour est déjà levé. C'est la première fois depuis des jours que je me lève après lui. Depuis cette chambre en terre étrange de Manang, je me rends compte que ce retour a été proche de la folie furieuse, mais marqué d'une simplicité et d'une fraîcheur inconnues. En deux-temps-trente-trois-mouvements, j'ai couru dans la gravière pour rejoindre la Kangsar Khola, en risquant un roulé-boulé de deux cents mètres plus d'une fois, longé la rivière torrentielle jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de berges et puis tout naturellement, je me suis enfoncé dans l'eau glaciale jusqu'au genoux pour retrouver la berge opposée, jusqu'à ce qu'elle disparaisse à son tour. Seule la puissance du courant empêchait l'eau de geler. J'ai failli encore m'écorcher sur le fond de la rivière déséquilibré par le courant. Je tremble sans le savoir. Je dois remonter... Pas moyen, la gravière s'enfonce sous mes pas, je suis crevé, encore une heure, un corridor à 100 pour-cent reverdit, le sol est plus dur, et parsemé de crânes de chèvres, je m'en rend compte parce que ça craque sous mes pas. Mon corps a digéré toutes les saloperies accumulées au cours de vingt ans d'existence facile vus d'ici et mon esprit ne comprend plus rien que l'obstination. Je dois remonter parce que c'est ce qui m'occupe en ce moment et quand je serai sur le chemin, je devrais peut-être redescendre, ou aller dans une cafétéria. Je suis sans réfléchir les plans foireux de mon cerveau aussi vide et léger que ce ciel d'altitude. Et puis tout à coup, j'aperçois le moine quelque part au-dessus de moi, il est resté sur le chemin. C'est loin. Mon goulet de crânes rongés à blanc par les insectes débouche sur une pente herbeuse, il y a des fleurs oranges et des fleurs violettes et du thym odorant. Ou alors c'est mon nez qui commence à inventer des odeurs. La pente est traversée par une gorge, un petit torrent bruyant et dévastateur. Combien de fois j'ai glissé, manqué de me foutre dans le vide, juste accroché à une branche couverte d'épines, prenant appui sur une surface qui se délite, les vêtements de plus en plus déchirés, des éraflures plein les bras, les douleurs dans les jambes, les plaies à vif, recouvertes de sable et de pus, rattrapé de justesse sur une grosse racine alors que je perdais l'équilibre en rejoignant la gorge que le chemin enjambait d'un pont, et comme si rien ne devait manqué, il a fallu faire de l'escalade sur dix mètres de roche friable et glissante pour rejoindre le torrent de neige fondue et s'aggriper aux touffes d'herbes pour remonter de l'autre côté, en rampant dans une coulée de boue à 200 pour-cent parce que la roche de ce côté-ci ne supportait même pas mon poids. Et puis de nouveau les fleurs oranges, qui me montrent le chemin. Je me rattrape une dernière fois à ce petit rameau poisseux de sève infesté d'insectes et me voilà couché, au bout du bout du souffle, aspirant des bouffées d'air sans oxygène. Mais c'est là ou nulle part...


Encore un effort, j'ai rejoint le chemin, les guenilles plus dépravées que jamais, la gorge sèche mais résolument vivant, les quelques heures qui nous restent à marcher n'y changeront pas grand chose, plus que 2000 pas d'une banalité outrancière sur des voies deux fois larges comme les pieds! Je remercie la montagne de tituber littéralement d'épuisement sans quoi la suite serait devenue ennuyeuse...


Un peu avant d'arriver à Khangsar, vers midi, après cinq heures de zig-zags en trois dimensions, un bonbon mou au chocolat apparait par terre, emballé dans son papier étanche. Pourquoi, ça n'a pas d'importance, il est là c'est tout. Les yeux du colis n'expriment aucune convoitise, il est pour moi. Je le savoure en totalité pendant plusieurs minutes, dégustant chaque déglutition avec volupté...


Quarante-cinq heures de vie dont vingt-et-une heure de marche après le dernier repas, mon estomac digère enfin un corps étranger, un rien, qui m'ensuque à moitié. Le soleil clignotte un peu entre les nuages et s'allume complétement. Les vêtements sèchent et le cervelet se met en effervescence. Deux heures plus tard, Manang apparaît. Ils apparaissent.

Au fond du champs de vision, sur la route de Pisang, peut-être à une heure. Nous y entrerons en même temps par un côté différent. On doit les prendre de vitesse, se mettre à l'abri quelque part. Et dormir pour partir tôt demain matin en priant n'importe qui pour qu'ils ne nous trouvent pas. Baissés dans les champs de fleurs ou de maïs, on rallie le flanc ouest de la ville; de l'autre côté de la veine principale, les fermes sont bordéliques, elles seraient idéales pour se cacher mais un rapide coup d'oeil les dessine à l'entrée sud, 200 mètres plus loin, entre désinvolture et aggressivité. En suivant la ruelle parallèle, je trouve l'entrée arrière d'une maison apparement déserte. Une échelle branlante monte à l'étage et donne sur une pièce aux murs de terre, plus spartiate encore qu'une pièce vide. Un morceau de verre sert de fenêtre coincé entre deux panneaux en bois. Ni ampoule, ni meubles. Un simple duvet effiloché traine en boule derrière la porte grinçante.


Tous les deux assis sur cette vieille couette à attendre d'être cueillis, les quelques événements interprétables me reviennent en tête: en trois jours, nous avons pris deux jours d'avance! Ils ont l'air en meilleur état que nous mais leurs traits sont tirés. Je l'avais presque oublié mais ces gamins avec des flingues qui nous pourchassent sont des rebelles et leur partie est bien aussi délicate que la nôtre. Tous les cheks-points, plus ou moins inoffensifs pour nous sont autant de combats en puissance pour eux et les militaires qui nous ont salués parfois le long du chemin patrouillent à leur recherche. Un peu avant Pisang, tout devient plat et la visibilité est plus que bonne, il leur aura fallu des détours de plusieurs kilomètres dans les montagnes pour arriver jusqu'ici sans être repérés. Messieurs, malgré tout ce qui nous oppose, je vous tire mon chapeau, même si vous n'êtes quand même pas aussi rebelles que les jeunes d'Europe qui EUX écoutent du Metal en buvant des bières avec l'argent de leurs parents... CA c'est rebelle!


Il leur aura fallu 3 jours pour venir de Dharapani, soit quinze bornes par jour. Il n'y a plus aucun contrôle jusqu'à Jomsom apparement et les quelques villages jusqu'à Muktinath ne sont que des auberges à moitié ouvertes. Si on arrive à passer la nuit, il nous faudra passer le col du Thorong dans la journée sans quoi, ils nous rattraperont forcément. Il y a trente kilomètres jusqu'à Muktinath, mais ce qui est inquiétant, ce sont les deux mille mètres de dénivelé entre Manang et le col. Dans nos états, le métabolisme va prendre une sacrée dérouillée. Pour rester en vie, il va falloir marcher plus vite que les bulles qui vont se former dans la cervelle.


Une siscion étrange s'est produite, pendant que le corps grelotte pour maintenir sa température, l'esprit est plaqué sur un oreiller imaginaire totalement immobile, lesté. Toute la nuit, épuisés aussi, les rebelles mettent les auberges sens dessus-dessous et fouillent quelques fermes. Un climax de vigilance endormie lorsqu'ils forcent la porte, mais l'endroit doit avoir l'air plus délabré encore de l'intérieur, ils en sortent deux minutes plus tard après un sarcasme sans pousser plus avant. Une fois sûr qu'ils sont loin, je décide de descendre à l'échelle, forcer la "porte-fenêtre" de la pièce principale et trouver de quoi manger. Je m'en serais passé mais pour entrer dans le salon depuis la chambre, il faut passer dehors! L'endroit semble habité mais désert pour l'instant, il y a quelques denrées étranges sur des étagères délabrées... Les ados ont raison, c'est un vrai capharnaüm. Après un repas frugal d'herbe amère et de riz froid, le colis s'allonge à nouveau et j'essaie de trouver le sommeil.


Le vent filtre à travers les planches, etc. Mais ça ne veut rien dire. Le "vent", ça ne veut rien dire, il y a tellement de différences entre les souffles d'air que ça ne représente rien. Il ya tellement de façons d'avoir froid, quand ce n'est plus un problème, mais une caractéristique, que ça ne veut plus rien dire. Il fait froid, humide, etc. J'ai trop peu de vocabulaire pour comprendre cette subtilité autrement qu'avec mes sens, et puis j'ai somm...

Publié par willbeen à 01:43:14 dans Arshet Pletan | Commentaires (0) |

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