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WillbeeN

Ricardo Fiftioane

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Carnet de route 2007 * | 25 janvier 2008

Préambule

Courant mai...

Première nuit dans un duvet trempé et froid.

Mes chaussures sont cassées. Etc.

Et la facilité qui me tend les bras si près du point de départ...


Dans un long voyage, on se cherche ou on se fuit. On se fuit parce que rien ne rappelle ce qu'on est. On se cherche parce qu'on est, au fil des jours, la seule constante.

C'est venu comme une révelation.

Je n'ai rien à prouver.

90 jours, c'est long, c'est loin, trop loin.

Pour aller quelque part où je n'ai rien à faire.

Je vais courir le long de ces sentiers qui ne sont pas les miens pour renctontrer des gens qui ne comprennent pas, des profiteurs et d'autres qui offrent l'hospitalité à leurs rêves déçus, par procuration.

Alors STOP!

Courir à l'autre bout du monde quand on connaît si peu sa maison, son jardin. La vie est dans le quotidien et puis je suis fatigué de courir. Ce voyage là, je l'ai déjà fait...

Je rentre.

Mais qu'est-ce que je peux raconter comme conneries des fois! Voyager, j'ai ça dans le sang et puis je pourrais pas supporter de dire «gnagnagna, j'ai arrêter parce que j'avais une ampoule»! J'ai toute la vie pour le quotidien... On the road again!




5 Juin 2007...

Mon premier est une chausse qui pique...

Mon second invoque...

Mon troisième est d'engrais...

Mon quatrième est sous si...

Et mon tout la réponse à des questions qu'on ne se pose pas!

 

5/06


Jamais vu un 06 aussi bizarre. Lunatique... Bon...

Me revoilà sur les routes avec la pluie qui tambourine sur le toit de la grange de Liac, en Auvergne. Arrivée au Puy après tout les ratages de train (et oui!) à 17h35. Un mec avec un coquillage autour du cou m'explique l'histoire de la statue très moche du sieur Jacques dont on espère rallier le tombeau. Je sais par expérience qu'on imagine toujours faire mieux tant qu'on a les mains dans les poches mais (plus sonore qu'un tambourin... la pluie joue du sourdo, elle sourdonne) si l'Eglise de Santiago est à son image autant ne pas y aller trop vite. C'est le message du pèlerin: « vas-y doucement, peut-être que l'arrivée n'est pas top ». On retrouve un peu les principes du bouddhisme. Euh... Je vais essayer de ne pas être trop spiritruel et de n'écrire que ce qui manque aux innombrables récits de ce parcours mystico-touristique qu'il faut quand même se faire. Au puy, 1521km! Une heure plus tard, autre pannonceau officiel qui indique 1698km. Ca fait plaisir de voir qu'on avance.

Mais ce n'est pas tellement important. L'important c'est que je sois là, décidé comme le vent et en bonne santé. Mode solitaire convivial et aucun réel objectif si ce n'est de errer dans la vie sans lui faire de mal (notamment ne pas marcher sur les limaces). Au moins « ici », pas de poids inutile ou de contrariétés généalogiques ou sociales, la route efface les mauvaises choses parce qu'elle en propose toujours de nouvelles... Arshet Pletan! Ou plutôt Ultréia comme on dit sur le chemin. Non que les mauvaises choses soient une mauvaise chose mais on est souvent plus léger avec les bonnes choses jusqu'à l'apathie et la superficialité la plus béate. De bons gros boeufs bien gras qui n'ont plus que le goût du sel dont on les saupoudre.

Ca n'a pas été aussi facile que ça de se lancer mais 25 ans, c'est l'âge de continuer à faire avec ce qu'on a et chercher à obtenir ce dont on a vraiment besoin.


07/06

Aumont-Aubrac


Hier soir, « attaqué » par une chauve-souris dans une grange délabrée. Et puis froid. Mais j'ai un mental assez solide, au moins quelques fois. Ce matin, départ brouillard, marché 25 bornes en ne mangeant que des plantes (plantain, rhumex, oseille, bouleau, pissenlit)

Matelas posé dans une salle de cathéchisme de la salle paroissiale. Petit manuel explicatif. Derrière tout ce qu'il y a de dogmatique, il y a l'essentiel, et un essentiel que j'avais perdu de vu ces temps-ci (ou depuis toujours?), c'est un voyage intérieur, partir léger pour quitter son évidence. De plus en plus, j'ai l'impression de cotoyer des gens gras, même maigres, ils sont gras. Et on se laisse toujours un peu beurrer... Tout ce bordel, je l'ai emporté pour rassurer mes proches et maintenant que je suis seul, il est de plus en plus lourd parce qu'il ne répond à rien.

Ce type débordant de vie incertaine, Pierre-Olivier, c'était moi avant. Je croyais que j'emmerdais le monde à force de gesticuler. Mais tout ça doit rester dans la tête encore un peu. Les mots donnent parfois vie, mais le plus souvent, ils tuent. Médiocres, il n'y a pas de meilleurs assassins.

Ultréïa, si je puis dire.



10/06

Estaing, 5h départ pour Conques


« Emportez un peu de l'Aubrac » sur un panneau publicitaire de produits du terroir. Emportez un peu de l'Aubrac pour aller le chier chez vous, finalement... Rien à dire.


Heu... Je marche...


12/06

Livinhac


C'est fou comme le bêlement d'un mouton ressemble toujours à celui d'un mec qui imite mal un mouton.


13/06

Figeac, matin


Le type en début de route qui propose des ardoises peintes. Des ardoises! A des pélerins qui marchent encore 1000 km! Y en a qui font pas d'étude de marché avant d'ouvrir leur échoppe.


14/06

Varaire


Rien à dire

Les plus faciles à berner sont les malins qui s'affichent.


* On ne peut pas accuser le chocolat d'être appétissant!


19/06

Castelnau sur l'Auvignon, gîte!


Il assure le trouble pour rester séduisant.

En eau trouble, les baudroies ressemblent à des saumons.


23/06

Arthez de Béarn


En direct du Béarn pour radio Santiago. 700 kilomètres au compteur. Début étincelant sur les sentiers accidentés jalonnés de curieux, de dilettantes, de marcheurs. Des rencontres... Et puis chacun va à son rythme, «c'est le chemin», alors on se sépare. Mon rythme, c'est vite, alors on se croise rarement deux fois, vite et loin, mais je le savais déjà. Et puis au fur et à mesure tout l'équipement s'est retrouvé à la poste dans un colis pour la maison et me voilà sans rien d'autre que la tenue que je porte et un caleçon pour la nuit pour les 900 km qui restent. Et ça suffit. D'autres se font porter des malles remplies à ras-bord à chaque étape de 25 km, histoire de ne pas être trop dépaysés, comme les hollandais qui viennent avec des campingcars remplis de bouffe hollandaise...

Beaucoup attendent un solution à leur vie ou fuient vers Compostelle mais le chemin ne répond qu'à ce qu'on ne demande pas.

Fini le faste, les tentatives ou l'euphorie, il ne reste déjà plus que les mystiques légers, les fades qui ne marchent que 10 jours, les gens-carotte droite (cf Thérèse, Miradoux: les légumes calibrés qui poussent dans le sable comme les gens qui poussent à la fac) et des paumés sévères... Plus personne. Plus de loufoques, de marcheurs rigolos ou futés, plus de dingues dépressifs qui sont débordants de sympathie. Route monotone donc. La vraie question, c'est à quelle catégorie est-ce que j'appartiens!? Quand la réponse n'est pas intéressante, autant ne pas perdre son temps à la trouver. Tout ce que je vois, c'est qu'il arrive des choses magiques, des choses lassantes, et que je suis monté sur Duracell. Et en fait de voyage intérieur, je découvre que je me connais déjà beaucoup et qu'ici comme ailleurs se pose le problème d'une compagnie qui ne soit pas un sacrifice. Comme tout le monde.

Pour le reste et bien ma foi, c'est beau, ou pas... Tout baigne.


* Du pain dégueu, s'il sèche c'est qu'au moins il était frais.


27/06

pays basque


Ici comme ailleurs, la différence fondamentale qui sépare les uns des autres, c'est que nous, c'est nous et eux c'est eux. C'est presque une lapalissade mais c'est cette différence qui fait les guerres:

    - C'est quoi qui change entre le pays basque et le béarn?

    - Euh... ils portent le béret à gauche, c'est ridicule!

    - Ah... Et!?

    - Et ils ont des toits en ardoise!

    - Mais vous avez les mêmes spécialités!

    - Tout le monde essaie de tirer son épingle du jeu!... Les danses sont différentes!

    - Ah oui, bien sûr, les danses...


En fait, la seule différence entre les gens, c'est le sketch de Daniel Prevost, c'est celle à laquelle on est prêt à s'accrocher parce que... parce que rien.

    * Je pense qu'on doit pouvoir être prophète en son pays si on a une barbe postiche.


    * Découverte: le negro spiritual est basée sur les pratiques de l'Islam intégriste... « Oh lapidée, o lapidée »...



* Une gonadine bien blanche pour la 4!


29/06

Puerte-la-Reina


Une sensation étrange en passant le col de Roland entre pluie et vent et brouillard et froid... mais j'aime la montagne. Il se crée une réalité étrange, toujours mouvante, on s'éveillle chaque jour dans un lieu nouveau et familier fait de ces quelques repères immulables: les églises, les conchas qui jalonnent le chemin et ces bonnes vieilles marques rouges et blanches. Les pélerins changent et se ressemblent tous. On finit avec le premier venu une discussion commencée avec le dernier ou soi-même. On se salue, on échange, on butine et on se quitte sans plus de formalités. On découvre, on survole, les autres et le décors.

L'immersion dans une langue nouvelle me fait toujours l'effet agréable d'un réveil, d'un étirement après une sieste pâteuse.

C'est un voyage au rythme de la normalité, pris, épris même d'une routine confortable qui se meut lentement. Un peu plus chaud, un peu moins cher et toujours sponsorisé par ce bon vieux Coca. Des plaies, des bosses, un peu de philo barbante et de facilités plein le sac et c'est parti pour l'aventure commerciale de tous ceux qui cherchent, à peine un peu plus, à équilibrer quelque chose.


Enfin voilà, après les vents turbulents des Pyrennées, le soleil brutal de l'après-midi espagnol. Tout tient le coup jusque-là et une petite légende est en train de courir, une de plus, dans le petit monde des peregrinos, celle de celui qui allait sans rien, à côté de celle de celui qui allait pied-nu ou celle de celle qui marchait avec un plâtre. Autant d'histoires qu'on se raconte dans ce petit microcosme particulier qu'est le camino.


Un bonhomme a dit qu'un prêtre lui avait dit: ce que tu transportes dans ton sac, ce sont tes peurs... je n'ai plus de sac. Ce qui me fait peur, c'est de crouler sous tous ces trucs inutiles et de vivre en fonction d'eux. Alors à deux ou trois détails près, ça roule.


Plus que 690km avant Santiago, fastoche!


* Un pélerinage, c'est une marche déterminée. Ceux qui croient qu'ils prennent leur temps simplement parce qu'ils sont lents passent aussi les cinq sixièmes de leur temps à regarder leurs chaussures...


2/07

Logrono


* Tout ce qu'on peut dire, c'est que les espagnols ne sont pas trop branchés « culture ». Par exemple, je n'ai pas encore vu une seule rue Victor Hugo.


* Pélerinage: quand les étapes sont courtes, on peut toujours se détendre avec une petite randonnée ou la visite d'un clocher à 640 marches de hauteur. C'est vrai que si on n'aime pas marcher...


* Ici, on constate à petite échelle ce qu'est le gaspillage: chaque jour, dans chaque albergue, 30 kilos d'ordures. Je pense que la conscience de ce siècle va faire mal... Un genre de crime contre l'humanité imputable à l'humanité entière. Il suffira de mettre une barrière autour du Lesotho et de dire que tout le reste du monde est une prison pour les coupables...


2/07

Soir à Granon


Si ça ne l'était pas déjà, c'est officiel, je suis un furieux: aujourd'hui, j'ai marché 57 km en 11h dont une de pause ce qui fait une MOYENNE de 5,7 km/h pendant 10 heures! Et je crois avoir été RE-GU-LIER... Take it easy, même pas mal. C'est FOU!


* A Granon. « Laisses ce que tu veux ou prends ce dont tu as besoin ». Waouw...


4/07

Sam Bol/Hontanas


    * J'aime le pain et même je trouve les champs de blé mur appétissants!

    * Passer 6 mois dans le désert avec des touaregs

    * 50km, je me prépare tout doucement une gentille petite retraite pleine de rhumatismes...

    * Un trésor métaphorique ça paye pas le loyer

    * En plein désert, on regrette que le symbole des cathos ce soit pas un disque ou un carré parce que pour ce qui est du soutien de Dieu en plein caniar, ils repasseront, une croix ça fait pas d'ombre!



5/07

    Et puis une croix, ça abrite pas de la pluie...

    * Dans le genre « truc à savoir », ne JAMAIS faire confiance à un hyppi et en voyage ne JA-MAIS se laisser prendre par le côté « cooool », y 'a pas plus roublard et opportuniste qu'un hyppi et alors quand ils ouvrent une auberge... Une auberge!? Avec rien. RIEN. A la cool, reste cool mec. Il fait 0° la nuit, après une bonne toilette à l'eau de source glaciale, rien de tel qu'une platée de riz à 6€ et une nuit en plein vent, dehors, sans matelas et sans couverture. « Reste coool man! Moi, j'reste cool, j'ai pas froid. » Ouais mais t'as un pull; tu dors dedans à côté du feu et tu viens de te faire 70€ pour avoir fait bouillir de l'eau connard! En plus, y'en a deux qui voulaient baiser... J'suis parti. A 20h30. Après 50 km. Pour 6 de plus... Connards de hyppis. Des fainéants et des égoïstes. D'ailleurs j'ai mis un embargo sur l'orthographe de ce mot de cons!


6/07


* Ne pas faire le Yogi...! Après j'ai mal aux genoux. Débile. Je bosse pas au cirque du soleil!


    * L'art, c'est figer la vie. Je crois que c'est pour ça que je ne le vois pas, je trouve ça mort. Comme une ville. Alors j'ai peur, plus encore, de la réinsertion.


* Les gens trouvent «ici» beau ce qu'ils n'ont pas le temps de voir dans leur vie quotidienne.


* Le camino, c'est une simplification qui permet de voir. Puisqu'on est heureux avec le superficiel, pourquoi vouloir l'alourdir de mystique? La nature, l'effort, le nomadisme: beaucoup (je) n'ont jamais été aussi à l'aise. Tout le monde va à son rythme pour arriver au même endroit au lieu de s'entasser dans les embouteillages avec des buts minables.


* J'ai une façon souvent arrogante d'être modeste.

* Toujours une mouche qui fait résonner son vol hérétique au milieu de cette cathédrale de dévotion.

* Une femme, ce n'est pas fragile, c'est plus fort qu'un homme mais elles jouent, minaudent la fragilité et un homme plus fort qu'une femme c'est un homme plus fort que tout. Je crois que c'est cette force maquillée (ou latente, qui s'épanouit à la moindre confiance) qui me résigne parfois, à défaut d'en jouer...

Publié par willbeen à 12:52:15 dans Santiago de Compostella | Commentaires (2) |

29-01-2008  13:20  29-01-2008 13:20
art&paix  De  mcsnatch  Sujet:  art&paix
Sigmund Freud " Tout ce qui promeut le développement culturel oeuvre du même coup contre la guerre."
29-01-2008  13:17  29-01-2008 13:17
merci  De  mcsnatch  Sujet:  merci
J'adore vous lire, faites nous rêver, une telle imagination est rare :-)

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