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  • Ennexyde
    et l'oeuf de caoutchouc

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    Ennexyde est une petite fille très jolie qui vit un peu chez tout le monde. Elle doit avoir une dizaine d'années parce qu'elle est encore pleine de fraîcheur candide et plate comme une planche à pain. Ce n'est pas par esprit salace mais sa candeur est nécessaire à l'histoire. Et puis c'est plus magique de la représenter petite fille que pleine de sarcasmes et d'acnée.
    Il y a quelques années, sa famille a été décimée par un parasite de l'arbre généalogique. Un à un, ses parents ont été gommés de l'histoire sans que personne ne sache pourquoi.
    Les choses auraient pu mal tourner pour Ennexyde mais dans son village, on est plutôt flegmatique. A cet âge, on peut toujours faire avec des nouveaux repères, personne n'a dramatisé, on lui a expliqué très doucement que la mort, c'est contrariant mais qu'on y peut rien et puis chacun s'en est occupé à tour de rôle. Moralité, elle est très heureuse avec autant de parents de substitution que nécessaire. Au village, il ne se passe jamais rien, alors on a décidé de laisser les portes ouvertes pour laisser circuler la gamine.
    Bien sûr, il semble invraissemblable qu'une fillette déambule sans dieu ni maître où et quand bon lui semble, mais voilà, Ennexyde n'est pas comme les autres enfants. D'un seul coup d'oeil, elle ressent tout ce que ressentent ceux qu'elle rencontre, les colères enfouies, les timidités bienveillantes ou les sourires intérieurs. Depuis son plus jeune âge, elle est envahie par des sentiments qui ne s'expliquent pas et qui résonnent en elle.

    Un jour qu'elle était plus petite encore, un homme est arrivé au village que personne n'avait hamais vu. Il avait voulu l'attirer avec des risettes et des bonbons.
    - Viens petite, j'ai des sucettes et du chocolat...
    - D'accord mais maman ne veut pas que je mange tes bonbons.
    - Pourquoi? Je suis gentil, répondit-il avec un grand sourire.
    - Maman elle veut pas que je mange des bonbons!
    - Elle est pas là ta maman, ce sera notre secret... Ca te dirait de faire une petite promenade avec moi? dit-il en l'invitant d'un geste.
    - Mais les garçons, ils veulent toujours me bagarrer!
    Pas moi! lança-t-il innocent, je préfère qu'on soit amis. Je te trouve très jolie tu sais... Tiens!
    - Pourquoi tu les donnes pas à ton amoureuse?
    - ... elle en veut pas...
    - Parce que mon papa, il donne des fleurs à ma maman et elle lui fait des bisoux. Ton amoureuse, elle aime pas les bonbons, comme ma maman?
    - Je ne sais pas. Mais...
    - Et elle habite où?
    - Loin.
    - Où ça loin?
    - Très loin, tu connais pas!
    - Où "très loin tu connais pas"?
    - Tu connais pas j'te dis!

    Il s'était emporté mais Ennexyde n'avait pas réagi.

    - Pourquoi tu cries sur toi?
    - J'ai crié sur toi!
    - Et comment elle s'appelle ton amoureuse?
    - Je... J'ai oublié.
    - Tu te souviens pas comment elle s'appelle!?
    - Non, ça fait longtemps que je l'ai pas vue...
    - Pourquoi, elle habite loin?
    - Oui, j'te l'ai déjà dit!
    - Où.
    - ...
    - Dis où?
    - Quelque part, dans mes souvenirs...
    - C'est où "damessouvnires"?
    - C'est un pays où tout le monde est comme toi, et où j'étais heureux...
    - Ougétéheureu?
    - T'es rigolotte, petite, tu veux pas un chocolat?
    - Non merci monsieur, t'es trop vieux pour être mon amoureux et j'ai déjà un papa.
    - Trop vieux pour... oui, soupira-t-il. Merci petite. Et maintenant file, tu vas être en retard chez toi.
    - T'es bizarre mais t'es gentil.
    - Aurevoir.

    Ennexyde parlait avec son coeur depuis toujours comme d'autres jouent de la musique ou font l'amour. Apprendre ne lui servirait jamais qu'à lester son aisance de mots équivoques.

    Notre héroïne est jolie, elle comprend tout et il ne peut rien lui arriver de mauvais par les gens. C'est l'héroïne idéale pour cette histoire parce que si les personnages sont trop complexes, beaucoup de gens ne voient pas vraiment ce qui se passe.


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    Avec le temps, notre petite héroïne a peu à peu compris ce qu'elle ressentait et s'est mise à l'utiliser. Sans jamais être déplacée, elle ne fait qu'assurer sa liberté. Un peu espiègle, elle taquine toujours ceux qui par réflexe ont une leçon à donner.
    Ennexyde, donc, gambade de maison en maison au gré des occasions et sa vie suit le cours tranquille de la facilité. Volontairement ou non, les habitants du village lui s'agacent quand elle va trop loin et cette drôle de petite fille trouve sa place de rêve et de liberté au milieu de la norme ancestrale, qui a été assez pratique jusqu'à il y a quelques temps.
    Son tempérament est souriant et tout est si évident qu'elle s'oublie un peu dans cette routine confortable .

    Un jour, pourtant, qu'elle rentrait chez les Lovis, quelque chose se produisit. "Assis" sur le canapé en cuir de saumon des Lovis, un oeuf. Un gros oeuf de la taille d'un homme en boule posé sur les coussins. En un instant, Ennexyde se figea et chercha un recoin pour s'abriter en cas d'attaque ou d'explosion. La couleur bleue-noire de l'oeuf le faisait ressembler à une mine marine. Un cri: "Hé!" mais le gros oeuf ne bougea pas. Il resta oeuf sans mot dire.
    Il y avait déjà longtemps qu'Ennexyde se laissait porter par sa témérité, aucune raison de déroger à la règle. Elle s'approcha lentement et quand elle fut assez proche, le toucha de son index. A sa grande stupeur, son doigt s'enfonça de deux phalanges dans l'étrange matière. Vivement, elle le retira et recula d'un pas. De son côté, l'oeuf était toujours aussi impavide.
    Décidée à ne pas négliger sa curiosité, elle enfonça deux doigts entiers mais cette fois, l'oeuf semblait repousser ses doigts depuis l'intérieur.
    La fillette ne put retenir un "qu'est-ce que c'est?" paniqué, ce à quoi répondirent des borborygmes d'estomac malade, peut-être les siens...
    Progressivement, elle vit la surface de l'oeuf redevenir tout à fait lisse.


    3

    Totalement absorbée par sa découverte, elle avait oublié de chercher ses parents d'un soir. Monsieur et madame Lovis, au fond, étaient gentils mais ils avaient du mal à être agréables plus de cinq minutes d'affilée. Quand elle se retourna, elle les trouva debout derrière elle.
    - Tu as fait la connaissance de notre oeuf? C'est bien.
    - Qu'est-ce que c'est?
    - C'est notre... comment dire... notre fils.
    - Votre fils!? C'est un peut étrange, non?
    - Il est né come ça.
    - Et il n'a pas changé?
    - Il a "enflé" un peu. Il doit avoir à peu près ton âge maintenant.
    - Ah... esquissa-t-elle dans un sourire.
    - On voulait que tu le rencontres. Comme tu t'entends bien avec tout le monde, tu comprendras peut-être ce qu'il raconte...
    - Je veux bien... Pourquoi est-ce que je ne l'avais pas vu avant?
    - Qu'est-ce que ça peut te foutre?


    4

    Ennexyde décida de revenir un peu plus tard pour discuter avec l'oeuf. En attendant, les Lovis étaient trop odieux pour rester dans le salon et toute sa perspicacité n'y pouvait rien. Elle décida de monter se coucher dans l'une des chambres.
    Sans s'en rendre compte, elle avait été chamboulée par sa rencontre avec l'oeuf. D'habitude, ses nuits étaient empreintes de la même fluidité qui guidait son existence mais cette fois son rêve fut un champs infini de merveilles, de fleurs et de personnages loufoques parmi lesquels elle voletait en butinant. Et au milieu de l'infini, un oeuf. Un oeuf extérieur, sans vie et total. Ele aurait voulu l'ignorer et continuer sa route entre les taupes en peluches et les supernovaes mais l'oeuf inerte avait la puissance d'un trou noir, elle fut contrainte d'aterrir à proximité. Déterminée à détourner le regard, elle s'aperçut soudain que tout ce qui l'entourait s'immobilisait. Les choses étaient si évidentes, si limpides qu'elles semblaient inanimés. Et l'oeuf se posait là, immobile, sans aucun besoin d'éclore ou d'évoluer, comme de la morve dans une montre suisse. Soudain, elle ne tint plus, elle toisa l'oeuf et hurla:
    - Tu n'es rien! Tu n'existes pas! Laisse-moi voler!

    Il y eut quelques secondes de silence pur et l'oeuf se mit à parler calmement:
    - Tu ne vis plus que pour moi, maintenant. Je suis la seule chose qui t'intéresse.
    - Mais c'est faux! voulut crier Ennexyde, pourtant lorsqu'elle se retourna, il n'y avait plus autour d'elle que le néant fade et incolore.

    Lorsqu'elle ouvrit les yeux, elle se trouva nez à nez avec l'oeuf! Il était posé là, "debout" sur sa parabole la plus échancrée et semblait la regarder. Ou pas. Surprise, elle se mit à hurler pour la troisième fois de la journée et de sa vie. Le son qui sortit de sa bouche fut alors si aigu qu'il fut à peine audible. Seul un chien, dans la rue, se mit à aboyer apparemment sans raison.


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  • 5

    Ennexyde sortit en trombes de sa chambre et chercha un de ses parents. Elle tomba sur le père Lovis qui maugréait contre la cheminée.
    - On l'a couché à côté de toi, ça ne t'a pas dérangée j'espère? enchaina-t-il en l'apercevant.
    - Qu'est-ce qu'il y a dedans?
    - Aucune idée, pourquoi?
    - Qu'est-ce qu'il y a dans votre oeuf?
    - J'en sais rien mais je crois que c'est un garçon. On l'a appelé Leuf.
    - Hein!?... Comment vous ne savez pas? Et ça ne vous intéresse pas de savoir!?
    - Bof... Je peux toujours demander à sa mère... RUBIS! Qu'est-ce qu'il y a dans notre oeuf au juste?
    - Y'a rien, c'est un oeuf! C'est comme si je te demandais ce qu'il y a dans le chien! T'as de ces questions des fois...
    - C'est la petite qui demande, moi tu sais...
    - Oui, je sais!
    - Et vous ne voulez pas l'aider à sortir? reprit la fillette visiblement insatisfaite de la réponse.
    - Qui te dit "qu'il" veut sortir? Et puis si l'envie lui en prend, il le fera comme un grand, en cassant la coquille avec son bec!
    - Son BEC!? Mais qu'est-ce que c'est d'après vous!?
    - Oh écoutes! On t'a déjà dit qu'on n'en savait rien, n'insiste pas! Est-ce qu'on te demande ce qu'il y a dans tes oeufs?
    - Non, mais...
    Alors lâche nous cinq minutes, tu veux!?
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    Avec ces deux-là, on n'ira pas loin. Ils sont à l'aise dans leur petite routine et en même temps si bizarres que rien ne semble pouvoir les surprendre. Il y a une dizaine d'années, Rouget Lovis entamait le rituel de séduction dans un pub du village voisin et Rubis Pivoine tombait dans ses bras:
    - T'as de beaux yeux tu sais?
    - Oui, je sais, et alors?
    - Quoi "et alors", j'te fais juste un compliment, pas la peine de le prendre comme ça!
    - T'aurais voulu que je te souris comme une gourde en ricanant?
    - Non, mais t'es pas obligée de me répondre comme ça non plus!
    - J'ai soif!
    - Hein!?
    - J'ai soif.
    - Et ben c'est pas trop tôt, j'ai cru que tu demanderais jamais!
    - Une limonade.
    - Patron, un whisky pour la dame!
    - J'ai dit une limonade.
    - Je sais mais si t'es pas bourrée, tu coucheras jamais avec moi ce soir.
    - Mais si! Tu m'emmerdes avec ton whisky, je veux une limonade!
    - Ok. Patron, une limonade!
    - Dans le genre boulet, t'en tiens une couche pas vrai?
    - Tu veux m'épouser?
    - Bien sûr que oui. Quand?
    - Samedi, je fais rien.
    - Ok, à samedi.
    - Déjà?
    - On se marie samedi, on aura tout le temps de bavasser... Allez, salut!
    - Salut.

    Un an plus tard naissait Leuf, le fruit de leur amour.
    - C'est quoi?
    - Un oeuf.
    - Ah bon?
    Qu'est-ce que t'espérais?
    7

    A la même époque naissait la petite Ennexyde, sans un bruit. Maman était très réservée et Papa était muet d'émotion. Sitôt la tête à l'air libre, le bébé remarqua que personne ne pipait mot et s'est bien gardé de troubler l'ambiance. Ennexyde a simplement baillé pour s'étirer la mâchoire puis s'est mise à regarder ses deux parents à tour de rôle. Le temps que Maman recouvre ses esprits, elle avait couché Ennexyde sur son ventre, la tête sur son sein. Elles ont souri, Papa s'est approché et doucement les a embrassées.
    Comme il n'y avait pas de cordon ombilical, l'infirmière les a laissé partir. On a trouvé quelques affaires à la petite pour qu'elle s'habille.
    Ce fut un peu clownesque de la voir se tortiller dans un sweat pendant cinq minutes pour sortir la tête par la manche les cheveux tout ébouriffés, mais au bout de quelques tentatives, la voilà jolie et prête à rentrer chez elle. D'un bond, elle rejoint ses deux parents et les prenant par la main, les tira vers la sortie de la maternité.
    - Bonjour mademoiselle, commença Papa.
    - Bonjour.
    - Comment ça va?
    - Je suis un peu froissée!
    - C'est normal, tu viens d'arriver, tu vas d'assouplir...
    - Vous êtes qui?
    - Voilà Maman et moi, c'est Papa.
    - Et moi?
    - Comme tu voudras... Tu choisiras quand tu sera prête d'accord?
    - Je peux m'appeler Ennexyde?
    - Pourquoi pas ... Ca te va bien je crois.
    C'était le prénom de ta grand-mère, ajouta Maman d'une voix douce.
    8

    Ennexyde fut envahie par un sentiment trouble: elle avait envie de secouer Rubis pour en tirer quelque chose. Toute l'affection qu'elle portait aux Lovis fut nécessaire pour la calmer. Dans cet oeuf, il y a quelqu'un, un petit garçon qui est coincé dans le caoutchouc et si personne ne veut s'en préoccuper, c'est elle, Ennexyde, qui s'en chargerait.

    Décidées, ses petites jambes remontèrent à l'étage et se postèrent devant la chambre de Leuf. Sa main saisit la poignée et ouvrit la pièce de sa "mission". Elle inspira à fond et cria le plus fort possible pour se faire entendre de l'habitant de l'oeuf:
    - Je sais pas si tu m'entends. Bonjour, je m'appelle Ennexyde, j'ai environ dix ans et je vais m'occuper avec toi, euh... de toi, je vais t'aider à sortir!
    Mais la détermination de la fillette se heurta à l'immobilité de l'oeuf, le silence réinvestit la pièce.

    Un peu déstabilisée, elle reprit son souffle et cria plus fort encore:
    - Je vais t'aider à sortir! Réponds-moi!
    Même absence de réponse.

    Bien qu'elle n'ait pas cru réellement à une réaction facile, elle resta hébêtée quelques secondes devant le vide de la pièce.
    - Pourquoi il ne répond pas? Peut-être que je l'embête...
    Sur ces mots dits pour elle-même, elle tourna les talons et descendit dans la cuisine.
    - Si ça se trouve, il dormait bien, c'est pour ça qu'il n'a rien dit!
    - Voilà que tu marmonnes!? Tu veux du jus d'orange?
    - Non, merci. Vous savez si Leuf dort en ce moment?
    - En tous cas, il nous réveille pas la nuit.
    - Ah... Mais est-ce qu'il dormait quand vous l'avez mis dans le lit?
    - De toutes façons si tu l'a réveillé, c'est pas lui qui va s'en plaindre, pour ça il est bien notre Leleuf, il est sage.
    - Comment vous savez qu'il est toujours en vie?
    - Tu m'as pas dit qu'il avait bougé tout à l'heure?
    - Si mais je ne sais pas, peut-être qu'il asphyxie! paniqua-t-elle, il faut faire un trou pour qu'il respire, dit-elle en s'emparant d'un couteau.
    - Si ça t'amuse...
    Et elle retourna en courant dans la chambre.

    Une fois dans la pièce, Ennexyde brandit la lame au-dessus de lui. Une goutte de sueur froide coula le long de sa tempe. Ses mains tremblantes marquèrent un temps d'hésitation quand Rouget entra à son tour comme la main de Dieu:
    - Vas-y, qu'est-ce que tu attends?
    - Et si le couteau était trop long, si je lui coupais quelque chose...
    - On le remplira d'eau oxygénée par le trou pardi!
    Elle se trouvait à cet instant tellement hésitante que cette réponse la convainc, de toutes ses forces, elle abattit la pointe de ses questions sur l'enveloppe de Leuf inerte avec un cri de samouraï. Mais il absorba le choc comme un flan au calamar, renvoyant Ennexyde sur la table de chevet où elle cassa la lampe.
    - Dis donc ma grande, reprit Rouget, c'est pas qu'on veut t'interdire de faire ce que tu veux mais t'es pas obligée de casser nos affaires!
    - Je... je suis désolée.
    - Ca remplacera pas les lampes, fais attention la prochaine fois.
    Très tendue, elle réussit à s'endormir sur le canapé.
    9

    Ce matin-là, Ennexyde se leva très tôt et sortit prendre l'air. La journée d'hier avait été éprouvante. Sa tentative de sauvetage s'était soldée par un cuisant échec et le comportement des Lovis lui avait fait perdre son sang-froid. Ce n'était pas si grave, mais elle n'y était pas du tout familière...
    Dehors, la matinée venait tout juste de commencer, les maraîchers installaient leur stand dans la rosée du matin. Un vieillard, monsieur Lombaire, courait après son chien qui courait après un chat dans un vacarme surprenant. La femme du maire tapait un tapis qui couvrait peu à peu la place du marché de poussière tussive.
    Ennexyde s'assit...
    Les jours de marché étaient toujours très agités parce que les habitants accumulaient l'envie de bouger chaque jour jusqu'au prétexte: le marché, une fête ou une course-en-sac, du coup toutes les sorties étaient très réussies. L'horloge de l'église sonna sept heures, le temps de passer derrière leur étal, les villageois gesticulants investirent le labyrinthe alimentaire.

    La petite fille était restée là à regarder la vie sauter du lit. Le boucher qui plaisante, le savetier qui escroque les clients avec un grand sourire complice... "Maman, achète ça!", "Poussez-vous!", "2 salades achetées, une offerte!", les répliques lancées à la cantonnade par le maire rose-bouffi, lui semblaient sortis d'une pièce trop souvent répétée. Et alors que...
    - Qu'est-ce que tu fais plantée la bouche ouverte au milieu du pasage? demanda une voix familière.
    - ...
    - Hé!?
    - Quoi? sortit Ennexyde avec l'air de se réveiller.
    - Je te regarde depuis cinq minutes et tu n'as pas bougé d'un pouce, je me demandais si tu pensais à respirer, dit Axel goguenard.
    - A respirer? répondit la fillette tout aussi chancelante.
    - Tu te moques de moi? Je te trouvais plus drôle avant si tu veux tout savoir...
    - Non, non, excuse-moi, se força-t-elle, je n'ai pas eu le temps de me réveiller correctement ce matin, j'ai l'impression que ma tête est restée sur l'oreiller.
    - J'ai un remède pour toi...

    Et Axel saisit la main de son amie, l'entraînant vers le cheval de bronze au milieu de la place.
    - Qu'est-ce qu'on f...
    Mais elle n'eut pas le temps de finir sa phrase, sa tête s'enfonçait vivement dans l'eau plus que fraîche de la fontaine. Quand elle ressortit, ses grands yeux écarquilés toisèrent un instant le visage jovial de son compagnon et elle éclata de rire.
    - Enfin! s'exclama Axel. Je croyais que tu serais le premier zombie de la ville!
    - On fait quoi maintenant?
    - Maintenant, je t'emmène dans un endroit "secret"...
    - D'accord...

    Les deux amis se mirent à courir vers la sortie du village, traversèrent les champs et s'enfoncèrent dans les bois. Après quelques minutes à esquiver les branches en haut et les ronces en bas, Axel fit signe à Ennexyde de s'arrêter.
    - Regrardes, désigna-t-il de l'index.
    - ...?
    - Sur le sol.
    - Oh!
    - Ils ont dû pousser hier, nous sommes les premiers à tomber dessus, je crois.
    - Qu'est-ce qu'on fait?
    - Quelle question!? Après vous mademoiselle...

    Il s'inclina respectueusement et Ennexyde lui rendit son salut avant de se jeter par terre, en contemplation devant des cèpes d'une vingtaine de centimètres de haut. Axel lui tendit un petit couteau et s'allongea à ses côtés.
    - Qu'est-ce que tu faisais hier, je t'ai cherchée partout?
    - J'étais fatiguée, je suis allée me coucher chez les Lovis...
    - Fatiguée, hein?
    - Oui.
    - Tu mens aussi mal que les autres te mentent!
    - J'arrive pas à couper celui-là.
    - Essaies plutôt en tenant le couteau comme ça. Qu'est-ce que tu as fait hier?
    - J'ai dormi chez les Lovis je t'ai dit.
    - Ils sont tellement étranges!
    - Moi, je les aime bien, ce sont eux les premiers qui m'ont recueillie et qui m'ont laissé aller et venir dans le village alors que j'étais toute petite.
    - Peut-être, n'empêche qu'ils sont étranges.
    - Tu m'as amenée ici pour dire du mal des Lovis? s'énerva-t-elle.
    - Non, excuse-moi, je me suis fait du souci pour toi, c'est tout...
    - Tu te fais du souci bien vite, non? Tu es gentil, dit-elle doucement.
    - Mais c'est tout, pensa le garçon...

    Au bout d'une heure rampant dans l'humus humide du sous-bois, ils avaient récolté près de six kilos de cèpes et quelques mûres retardataires. C'est ainsi que le tricot retourné en guise de panier, on les vit revenir au village.
    - Olà les tourteraux, qu'est-ce que vous ramenez-là? s'enquit Jérôme, le paysan.
    - Des amanites pour faire taire ton coq! cria Axel.
    - Si tu touches à mon coq p'tit salopiot...
    Mais ils étaient déjà en fuite et n'entendirent pas la fin de la menace...

    Arrivés chez les Myrth, la famille d'Axel, les deux égoïstes posèrent délicatement leur butin et se regardèrent en silence.
    - Tu viendras manger à la maison ce soir?
    - Bien sûr puisqu'il y a des champignons! ironisa Ennexyde.
    Axel retint tant qu'il pu une grimace vexée mais elle parvint tout de même à s'extraire.
    - A ce soir, soupira-t-il.
    - Moi aussi, dit-elle d'une voix claire.
    Elle se mit sur la pointe des pieds, l'embrassa sur la joue et partit en courant.


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  • 10

    L'après-midi se présageait déjà, calme et indolent. Un légère brise soufflait sous les feuilles ocres et roussies les invitant à valser. Bien qu'il y eut quelques nuages de circonstance, le soleil d'automne perçait la condensation et réchauffait les pierres au gré de ses rayons.
    Ravie de la matinée, Ennexyde en avait presque oublié son départ précipité de chez les Lovis. Elle décida d'y retourner pour leur présenter ses excuses, pourtant plus elle approchait de la masure en pierre, plus son pas se faisait traînant et indécis.
    Une fois devant la porte, les prétextes les plus futiles lui vinrent en tête pour éviter cet instant. "Il faut que j'aille ramasser de l'ail sauvage pour les champignons", "ils doivent faire la sieste", etc.
    Alors qu'elle commençait à tourner le dos, convaincue qu'elle avait mieux à faire, la porte s'ouvrit sur Rubis Lovis.
    - Où vas-tu comme ça?
    - Je... j'ai oublié de dire quelque chose à Axel...
    - Tu l'aimes beaucoup, pas vrai?
    - Oui, je l'aime bien, dit-elle en rougissant. Je voulais m'excuser pour ce matin, je suis partie sans dire au revoir.
    - Peu importe en fait, on vient de se réveiller. Tu veux manger quelque chose?
    - Je veux bien.

    Monsieur Lovis était dans la cuisine en train de se raser. La mousse usagée pleine de poils coulait sur les assiettes à nettoyer.
    - Regarde qui voilà, c'est notre petite fugitive.
    - Salut. Assied-toi dans la salle à manger, j'apporte la bouffe dans cinq minutes.

    Ennexyde et Rubis papotaient à coups de phrases sans suites quand elles entrèrent dans le salon. Leuf était là, inerte, sur une chaise devant la table à manger, de dos ou de face...
    - Il est content de te voir! s'exclama Rubis.
    - ...
    - Dis bonjour Leuf!

    Bien entendu, Leuf ne dit pas bonjour. Mais Ennexyde renchérit.
    - Comment est-il arrivé là?
    - C'est l'heure de manger.
    - Il s'est assis tout seul?
    - A douze ans? s'offusqua madame Lovis.
    Et elle passa le reste du repas le nez dans son assiette, jetant des regards furtifs à son frère d'un jour.

    Au bout d'un moment, qui lui sembla une éternité:
    - Dis-moi, ennexyde, tu ne voudrais pas aider Rouget à laver la voiture cet après-midi?
    - Bien sûr, répondit spontanément la petite.

    Et comme prévu, après le repas, Rouget sortit la voiture du garage et déroula le tuyau d'arrosage. Rubis amena un sceau rempli d'eau savonneuse et deux éponges qu'elle tendit aux travailleurs.
    - Et que ça brille, lança-t-elle de son aplomb invraisemblable.
    Quand elle fut partie, Rouget entama sur le ton badin une de ces conversations dont lui seul avait le secret, pourtant, il y eut cette fois quelque chose de nouveau, comme si tout-à-coup, il essayait de parler pour être compris, ce qui d'habitude semblait superflu.
    - Ca ne t'embête pas de m'aider?
    - Bien sûr que non! répondit-elle enjouée.
    - Bien, bien... Tu sais, ta mère et moi... je veux dire Rubis et moi... nous sommes plutôt contents que ça se passe bien avec Leuf, tu sais, c'est la première fois qu'il apprécie quelqu'un comme ça...
    - Je peux poser une question?
    - C'est fait.... mais vas-y, je t'en prie.
    - Pourquoi est-ce que je ne l'ai vu pour la première fois qu'il y a deux jours?
    - Il est très discret. Il préfère observer les gens de loin avant de les rencontrer, tu comprends?
    - Un peu...
    - Heu... tu sais, il n'a pas beaucoup d'amis... on se disait que tu pourrais peut-être, si tu veux, le sortir un peu...
    - Qu'est-ce qui lui ferait plaisir?
    - Le mieux ce serait que tu lui demandes directement, il est derrière toi.
    - AH!

    Décidément, elle serait toujours autant surprise par l'apparition de l'héritier des Lovis, mais cette fois-ci, elle feint de garder son calme et de rentrer dans le jeu.
    - Bon, il paraît que tu voudrais aller te promener? Ca te dirait les Roches Blanches? questionna-t-elle.
    - On peut y aller dans une demi-heure, le temps de finir de laver la voiture reprit-elle.
    Sur ce, Rouget sortit du garage avec une sorte de brouette qu'il attela à une bicyclette sortie tout droit du passé.
    - C'est une remorque que j'ai faite pour lui. Il n'a jamais appris à faire du vélo, trop peureux...

    Un dernier coup d'éponge sur l'aile avant gauche et la voiture fut rutilante. Ennexyde releva la tête plutôt fière d'elle en regardant l'horrible peinture vert-pomme s'exprimer sans retenue. Pourtant sa satisfaction fut de courte durée, la voix de Rubis retentit soudain.
    - Qui qui va aller faire une belle promenade? dit-elle comme on parle à un petit chien. Il est content Leleuf, il est content?

    Là, ennexyde ne put s'empêcher de pouffer tant la scène était incroyable: madame Lovis était penchée sur la remorque avec une voix de gâteuse prématurée et parlait à son "fils" sur lequel elle avait enfoncé un abat-jour en guise de bob. Voyant Ennexyde sourire, elle prétexta une sensibilité au soleil avec un air presque confus.
    - En avant, claironna Ennexyde.
    - Faites attention à vous! lancèrent les Lovis à l'unisson.

    Une fois en route, la fillette commença à houspiller son passager.
    - Tu parles pas beaucoup, hein? Tu joues les mystérieux!?
    - Qu'est-ce que tu caches? a mon avis, t'es timide, c'est tout. Tu sais, c'est pas grave, les gens ne vont pas te manger... Sauf si on recommence l'omelette la plus grosse du monde, mais on a déjà le record depuis trois ans, ironisa-t-elle.
    - Et puis quand on est timide, c'est pas une solution de s'enterrer chez ses parents, ils seront pas toujours là, et ce jour-là tu feras quoi?
    - Tu sera obligé de te débrouiller tout seul! HA HA HA, "débrouiller"! T'es pas drôle!
    - T'es un vrai dur ou t'as mal au mollet? Pfffff.... A force de te cacher on dira que t'es une poule-mouillette! HA HA HA. Et si tu deviens mime dans un coin paumé, on demandera "Leuf mime où ça?", OUH HA HA HA!

    Elle était si hilare que des larmes de rire perlèrent sur son visage écarlate. Et puis ses tergiversations s'épuisèrent à mesure que les côtes pompaient son énergie. Près de deux heures furent nécessaires pour rejoindre les Roches Blanches à une dizaine de kilomètres du village. L'air de rien, son compagnon pesait son poids si bien que notre héroïne arriva en sueur et à la nuit tombante.

    Le soleil rasant parvenait encore à faire ressortir les falaises couleur de neige tandis que le ciel mourant se mélangeait au sol d'argile imberbe. Ce paysage avait toujours paru magique à la jeune fille qu'on amenait parfois en auto pour un pic-nic mais c'était la première fois qu'elle venait seule et en fut toute excitée.
    - Regarde comme c'est beau! s'exclama-t-elle. Regarde comme les couleurs sont lumineuses, dégradées! On dirait la palette d'un artiste!

    L'écho renvoya tel quel son enthousiasme qu'elle prit alors pour une imitation vexante. Elle était seule devant ce spectacle, ou peut-être pas...
    - Mais réponds, s'énerva-t-elle. Dis quelque chose! On dirait que rien ne t'intéresse! Je me suis épuisée pour t'amener ici, tu pourrais au moins bouger, vibrer, éclore, vomir, léviter, je sais pas moi! Et ne me regarde pas avec cette tête d'ahuri, tu veux!?
    Elle appuya ses paroles en lui tournant le dos. De nouveau, ses yeux se posèrent sur les couleurs pastèles et en fut immédiatement apaisée comme après un bain dans l'eau très chaude.
    - C'est...
    - Hé!?
    - Réponds!
    Elle essaya encore de piquer Leuf, mais était trop captivée par l'air ambiant, la lumière, les sons...
    Elle se laissa couler dans la contemplation avant de se réveiller, différente, éveillée.
    - C'est...
    - C'est trop beau pour vouloir le décrire...
    - Peut-être qu'on parle trop, qu'on gâche chaque moment à force de vouloir en dire quelque chose... C'est vrai... peut-être simplement que depuis qu'on s'est rencontré, rien ne méritait un mot... dit-elle en s'asseyant près de la remorque. On va juste regarder, ensemble...

    Le soleil se coucha lentement dans un silence total. De temps à autre, le vent se levait un peu mais s'essoufflait rapidement. Les deux compagnons attendirent que l'obscurité commence à gagner sa lutte contre la lumière pour se décider à partir.

    A plusieurs reprises, lors du retour, Ennexyde en se retournant cru voir sur Leuf un regard complice. Cette quiétude partagée entre la beauté et l'épuisement lui donnait l'impression de flotter sur un nuage.
    Il faisait nuit noir quand ils arrivèrent à la maison des Lovis. Rubis et Rouget étaient sur le pas de la porte, apparemment surexcités:
    - Alors, entama Rubis, vous êtes restés longtemps! On avait peur que vous vous soyez perdus, mais on a confiance en toi!
    - Vous vous êtes bien amusés? demanda Rouget d'une bouche peu habituée au sourire.
    - Vous n'avez pas eu froid? continua Rubis.
    - La remorque est solide?
    - Il t'as dit merci?
    Ils étaient survoltés et Ennexyde encore sur son nuage mais cette question la tira de ses rêveries...
    - Quoi?
    - Est-ce qu'il t'as dit merci? réitéra Rouget.
    - Oui! murmura Ennexyde en rougissant.

    Sur cette simple réponse, il se passa quelque chose d'inattendu, les Lovis s'embrassèrent en sautant sur place, leurs voix étaient troublées par l'émotion.
    - Ca y est! Ca y est! chantèrent-ils à l'unisson.
    Puis reprenant un peu de contenance, monsieur Lovis s'adressa à Ennexyde tandis que Rubis serrait Leuf dans ses bras.
    - Tu es la première fille à qui il dit quelque chose!
    Ennexyde ne savait pas trop si elle était prête à se croire mais les yeux brillants de joie de Rouget la décidèrent à garder ses doutes pour elle.
    11

    Le dîner fut si chaleureux que la fillette en oublia ses engagements. Entre deux réponses aux parents enthousiastes, elle lançait des oeillades à son compagnon silencieux et attendait avec impatience leur prochain "tête-à-tête". Leuf ne lui semblait pas moins étrange, mais elle venait de partager quelque chose de nouveau, de si excitant, de si intense, qu'elle en redemandait.
    Elle fut sollicitée à tel point que ses rêves décryptèrent plus clairement ce qu'elle avait ressenti : monsieur Lovis était debout dans une église, madame Lovis jouait de l'orgue, toute solennelle. Les lèvres de Rouget semblaient s'articuler sans qu'elle entendit quoi que ce soit. Tendant l'oreille, elle se rapprocha à pas lents et feutrés pour ne pas l'interrompre. Une fois face à lui, elle regarda autour d'elle : tous les habitans du village étaient assis, les femmes essuyaient leurs yeux avec un mouchoir blanc. "Quelqu'un est mort?" demanda-t-elle, mais personne ne répondit, on lui fit simplement un signe amical de la main pour qu'elle se retourne. Monseigneur Lovis bougeait toujours les lèvres comme s'il disait quelque chose, d'un visage imperturbable "woulewoupende...". A mieux y regarder, ses intonations semblaient calquées sur les coups de soufflets du vieil orgue, et il n'avait pas assez de souffle pour que la fin soit audible. Ennexyde s'ennervait, "PLUS FORT!!" cria-t-elle. Comme réponse, Rubis perdit sa stature hiératique et mit de grands coups de pieds dans les soufflets ce qui provoqua les hurlements du prêtre: "VOULEZ-VOUS PRENDRE..." mais les coups étaient toujours trop saccadés pour entendre la fin de la phrase.
    Soudain, une voix calme et puissante sembla se condenser dans sa tête comme si elle venait de l'intérieur.
    - Inutile de comprendre ce que tu sais.
    - Quoi, qui a dit ça?
    - Tu sais ce qu'il dit, inutile de vouloir l'entendre.
    - Qu'est-ce que je fais là?
    - Regarde mieux.

    Pour la première fois, elle baissa la tête, ses jambes étaient cachées par de la dentelle fine et blanche. Il y avait une petite fille souriante, tenant un coussin, dont les cheveux étaient tressés en couronne.
    - Voulez-vous prendre Leuf Lovis pour époux légitime et illégitime, promettez-vous de le chérir et de le couver jusqu'à ce que la mort vous sépare?
    Devant elle, la petite fille prit la parole:
    - Elle a dit "oui"!
    - Mais pas du tout! s'offusqua Ennexyde, mais personne ne sembla y faire attention.
    - Voyons chérie, calme-toi!
    - Qui me parle?
    - C'est moi voyons.
    A sa droite, il y avait Leuf coiffé d'un gibus bleu et qui la regardait avec des yeux indistincts.
    - Qu'y a-t-il mademoiselle? dit le père Lovis.
    - Elle dit qu'elle a hâte d'embrasser son mari, dit la petite fille.
    - Je n'ai pas dit ça!
    - Elle voudrait déjà lui faire des bisoux partout!
    - Non!
    - Le câliner!
    - Mais non!
    - Avec la langue, berk...
    - Mais c'est dégoutant! Non! Arrêtez! NON! NON! NOOOOOON!!!

    Tout à coup, elle se retrouva dans un grand champ de blé, allongée sur le sol, sereine. Elle avait retrouvé son âge.
    - Dans le silence, on trouve toujours ce qu'on cherche...

    Calmement, ses paupières s'ouvrirent pour dévoiler une belle journée ensoleillée.
    - Tu as bien dormi? demanda Rubis quand elle rejoignit la cuisine.
    - Je crois que oui... hésita la fillette.
    - Tu as faim?
    - Heu... Non... Si... En fait , j'ai une faim d'ours! s'anima-t-elle.
    - Ca tombe bien.
    En effet, sur la table du salon, un petit déjeuner gargantuesque s'étalait: oranges, tartines, poires, confitures, carreaux de chocolat et compote de rhubarbe.
    - J'ai fait un rêve bizarre... lança-telle sans but. Je ne veux pas l'épouser.
    Personne ne t'y obliges, répondit Rubis avec un léger pincement.
    12

    Tout le monde était d'accord pour dire qu'Ennexyde était très belle en mariée et les pronostics allaient bon train.
    13

    Ennexyde savourait chaque instant de sa vie avec Leuf. Une seconde se suffisait toujours à elle même, totale et nouvelle. La texture d'une porte en bois, les flaveurs de l'air humide et la symphonie des millions de bruits naturels. Et quand un trouble venait parader dans ses pensées, il lui suffisait d'un regard à son mari pour reprendre le fil du présent.
    Leuf avait objectivement plusieurs avantages non négligeables:
    1. Il n'était pas coureur.
    2. Son sens de l'écoute était celui d'une amie, la jalousie en moins.
    3. Il ne pétait jamais.
    4. Il était facile à entretenir.
    5. C'était un amant qui permettait des positions assez innovantes.
    Des années durant rien ne vint contrarier leur bonheur. Certains des amis d'Ennexyde trouvaient dommage de ne la voir que très peu mais son visage radieux exprimait aussi qu'elle n'en discuterait même pas. Ce même visage qui rendait un certain jeune homme malade de jalousie.

    14

    Mais le jour de ses cinquante ans, une lettre, une simple lettre vint annoncer la fin de son bonheur.

    " Chère Madame Lovis,

    Nous sommes au regret de vous annoncer que la société Loisir & Campagne s'est portée acquéreur de votre terrain. Etant une franchise du ministère des Distractions, l'acquisition est péremptoire comme définie par l'article 34 du code des libertés administratives. Vous recevrez la somme forfaitaire de [...]. Cette acquisition prend effet au terme de ces trois mois de préavis.

    Bien cordialement,
    Alir Bonnet
    Délégué à la communication."

    Voilà...
    Pas un mot de plus...
    Leur petite maison, dans le village qu'ils avaient toujours connu allait être rasée pour construire un parc de loisir pour les habitants de la capitale.
    Tu entends ça, mon oeuf? Ils nous expuslent pour construire un parc! dit-elle. C'est hors de question! Je vais essayer de me renseigner auprès des voisins pour voir s'ils ont reçu la même lettre. A tout de suite, mon petit jaune...
    15

    Apparemment tout le village devait être rasé, et le facteur avait affirmé avoir distribué des lettres identiques à plusieurs villages voisins : pour la première fois depuis longtemps, on réunit le Conseil de Commune, relique du systèle féodal pour faire face au pouvoir du seigneur. Le lendemain, tous les habitants ou presque se retrouvèrent dans la salle communale.
    Ennexyde regardait autour d'elle les visages mûrs des adultes qu'elle avait connus enfant et les visages ridés de tous ses parents d'alors. Le temps était passé vite et le bonheur de chaque jour paraissait si impalpable...
    - Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, si vous le voulez bien, nous allons commencer la scéance. Je sais que beaucoup d'entre vous ne sont pas coûtumiers de ce genre de conseil néanmoins, je vous demande la plus grande attention, le sujet qui nous réunit aujourd'hui est des plus importants, il s'agit, je ne saurais vous le rappeler, de la sauvegarde de nos maisons! Nous partons perdants, c'est un fait mais ce n'est pas une raison pour baisser les bras, tout système a sa faille!
    - Bien parlé! cria une voix.
    - La loi joue pour l'instant contre nous, si quelques-un d'entre-vous ont des propositions, même les plus fantaisistes, nous vous écoutons, c'est le moment d'être imaginatifs! Et nous n'avons que trois mois moins 2 jours avant le début des travaux... Personne?... Allons, je vous assure que le trac n'est pas de mise! Oui, Jérôme!?
    - Hé bien, on pourrait peut-être monter des barricades autour de la commune!
    - Je crois que ça ne résoudra pas vraiment le problème, mais c'est une idée, merci Jérôme. Une autre? Messieurs, là-bas, qui discutez?... Ecoutez, je vous assure que nous n'avons pas de temps à perdre en plaisanteries! Oui?
    - On pourrait trouver une bestiole rare ou un truc comme ça? Il paraît que ça a marché pour détourner les rails dans le nord...
    - Bien! ?... Lucette, je crois?
    - Oui.
    - Merci Lucette. Nous pourrions jouer la carte de l'espèce protégée.
    - A moins de... BROUHAHA...
    - SIlence! Que dites-vous, madame?
    - Je disais qu'à moins d'en introduire une d'ici à trois mois, il y a peu de chance que ça marche chez nous, voilà 40 ans que je sillonne la région et je n'ai jamais rien vu qui sorte du plus strict ordinaire...
    - Ah... dommage, l'idée semblait prometteuse. Autre chose?
    - On pourrait se cotiser et payer un avocat!
    - Non, ce...
    - Et si on infestait le coin de grenouilles!?
    - Ou des lapins!?
    - C'est idiot mais...
    - Il nous faut des déchets radioactifs!!!
    - N'importe quoi! Non, s'il vous plaît!
    - Et...
    - STOP! Calmez-vous! Ni invasion de lapins ni déchets radioactifs, sauterelles, quarantaines virales, pollution des sols ou autres idioties dans ce genre. Il ne faut pas un remède qui soit pire que le mal. L'objectif est de pouvoir continuer à habiter ici, pas de s'y enterrer!
    - Plutôt mourir que partir!
    - Oui, c'est vrai, mais il nous reste un peu de temps avant le suicide collectif... Quant à l'avocat, ses prix pour affronter l'Etat seraient exorbitants, sans compter que s'il n'y a rien derrière il n'a pas plus de chance que nous de gagner quoi que ce soit. Le problème est posé, vous avez une semaine pour y réflechir. La semaine prochaine, nous choisirons l'idée la moins mauvaise quelle qu'elle soit. Il nous faut agir vite. Vous pouvez rentrer chez vous, et n'oubliez pas: semaine prochaine, même jour, même heure, même endroit.

    Après quelques salutations amicales, Ennexyde rentra chez elle. Cet ultimatum et la pagaille qu'il suscitait l'avait rendue nerveuse, d'une nervosité qu'elle ne se connaissait pas. Les gens n'avaient jamais eu de secret pour elle mais les choses demeuraient un mystère. Son tempérament l'avait conduit naturellement à devenir une sorte de conseillère matrimoniale sans ce titre pompeux. Pour les gens, elle était juste Ennexyde.

    Elle voulut raconter la séance à son mari mais se ravisa: il ne répondrait rien... Autant faire comme d'habitude, tout ça passerait.


    16

    Le lendemain pourtant, elle ne pu s'empêcher de se confier:
    - Tu sais hier, personne n'a pu trouver de solution. Et au bout d'un moment, les gens se sont mis à dire n'importe quoi. Je sais qu'il reste trois mois mais si jamais on ne trouvait pas, si jamais on devait partir d'ici?

    Bien entendu, Leuf ne répondit pas mais au lieu d'y voir de la sagesse et d'en être apaisée, elle y décela une faiblesse. Elle se sentit seule, vide... Elle tenta de ne pas se laisser aller, s'occupa dans la maison et parvint à remplir un peu ce vide avec des idioties ménagères, mais cette sensation, ce manque... elle ne comprenait pas. Elle ne comprenait plus.
    17

    Elle continuait à passer chez les habitants, surtout les nouveaux couples, pour leur apporter quelques conseils contre des légumes et des fruits. Tout en cherchant une idée qui ne venait pas, elle continuait à se contenter des petits bruits alentours et des couleurs toujours nouvelles de son village.
    18

    Le soir du second conseil arriva enfin. Cette fois, le silence fut immédiat. Chacun semblait avoir pris la pleine mesure du problème et de l'importance de leur assemblée. Un des maires de village, celui qui avait parlé la dernière fois, avait pris la parole.
    - Bonsoir à tous. Une semaine pour décider de l'avenir de notre commune, c'est bien peu, néanmoins c'est tout ce dont nous disposons. La moindre décision s'étalera sur plusieurs semaines et les travaux de démolition débuteront si un véto radical n'est pas posé à temps, aussi, je vous laisse la parole...
    - Bonsoir. Quelques amis et moi avons réfléchi... Nos villages sont très anciens, en vieilles pierres et il nous serait possible de se proposer au patrimoine national. Il y a de fortes chances que ce soit accepté: nous avons étudié les fiches d'admission et nous avons presque toutes les caractéristiques recquises.
    - Intéressant... Vous êtes sûrs?
    - Et bien, pas tout à fait, mais un ami secrétaire au bureau du patrimoine m'a affirmé que c'était une solution envisageable.
    - Il nous faut un peu plus que de l'envisageable. Et les luttes entre administrations ne se règlent pas si vite: les premiers touristes auront déjà posé leurs valises quand la commune recevra le courrier qui annonce la venue d'un inspecteur... Gardons l'idée sous le coude mais il vaut mieux chercher autre chose...
    - Monsieur le maire!
    C'est une femme rondouillette qui prit la parole.
    - Monsieur le maire, il y a une solution toute simple: il faut prendre les devants: si on veut faire de notre commune un site touristique, devenons un site touristique, et quand les bulldozer arriveront, la logique l'emportera, " pourquoi détruire si c'est pour reconstruire à l'identique?" et nous garderons nos maisons.
    - Désolé madame, mais je ne suis pas sûr que nos concitoyens soient prêts à devenir saisonniers... Se jeter dans un ravin n'est pas un remède contre la mort... Et rien ne dit qu'ils ne détruiront pas les maisons quand même!

    Un homme se leva. Il était légèrement grisonnant. Autour de lui, deux adolescents, un garçon et une fille semblaient inquiets. Quand tous les yeux furent tournés vers lui, il parla doucement.
    - J'aimerais pouvoir vous dire que mes vieux neurones fonctionnent encore mais je ne suis que le porte-parole de la jeune génération. J'espère ne pas déformer leur trouvaille parce qu'elle m'a paru très ingénieuse. Apparemment, on devrait pouvoir diviser nos terrains en plusieurs milliers de parcelles minuscules et les vendre une par une. On prendrait l'administration à son propre jeu. Ils seraient obligés de prévenir chacun des propriétaires et de les indemniser pour des sommes ridicules. Légalement, ils sont obligés de prévenir et d'indemniser et si nous arrivons à éparpiller suffisamment les titres de propriété, ils abandonneront certainement le projet.
    - Mais QUI achèterait nos terrains?
    - Tout le monde! Si j'ai bien compris, il nous suffit de proposer ces microparcelles à un prix dérisoire sur Impermettre...
    - Internet.
    - Oui, Internet, et n'importe qui pourrait les acheter au Pérou à Singapour en passant par l'Afrique du Sud. La cause serait suivie, dès qu'il s'agit d'emmerder un gouvernement, les volontaires affluent!
    - Et cet Internet, ils vendrait nos terrains en Afrique!?
    - Euh... Oui.
    Et bien, mes chers concitoyens, si personne n'a mieux a proposer, je crois que nous avons notre solution. Vous les gamins, on compte sur vous pour contacter Intermiettes et éparpiller nos lopins. Et que tous ceux qui peuvent avoir quelque chose à dire me rejoignent au centre, les autres, je vous souhaite bonne nuit. La prochaine réunion aura lieu dans un mois. Vous savez où nous trouver.

    19

    Axel... Il avait parlé avec aplomb et humilité. Son expérience avait servi celle de ses enfants. Pourquoi n'avait-elle pas eu d'enfant? Pourquoi l'avait-elle perdu de vue? Le temps était passé si vite... Si vite...
    A chaque pas, elle appréhendait son retour davantage. Qu'allait-elle dire ou ne pas dire à ce mari inerte? Elle avait passé la semaine dans une lutte désordonnée pour sauver son village, elle avait vu la nécessité organiser les villageaois contre la fatalité et toute cette agitation avait réveillé quelque chose en elle. La vie, c'est un peu comme du champagne, elle a besoin de crasse pour être effervescente. Peut-être avait-elle perdu l'habitude des autres, peut-être était-elle maladroite. Elle écoutait les voix noyées dans les bruits de fonds et observait tous les détails de ceux qui avaient la parole: les timbres, les mimiques, la position des lèvres, un papillon qui passait, la douceur du plastique des chaises... Elle avait beaucoup de mal à suivre le fil de la discussion mais la force qui s'en dégageait était puissante et excitante. Si bien qu'une fois devant sa porte, elle hésita presque à entrer.

    - Bonsoir, dit-elle froidement.
    Rien.
    - J'ai dit "BONSOIR"! insista-t-elle.
    Rien. Ca ne semble pas l'émouvoir, pensa-t-elle, comme tout le reste.
    - Aujourd'hui, Alex et ses enfants ont trouvé une solution. Peut-être qu'on ne sera pas expulsés finalement. Tu entends?... Mais peut-être que ça t'es égal! Peut-être que tu serais aussi bien dans une de ces barres en ville!? Et l'odeur des pots d'échappement qu'est-ce que ça peut te faire? Et le village détruit et tous les moments qu'on a passés ensemble? Et tes parents? Et les miens?...
    Elle reprit sa respiration.
    - Ecoute, Leuf, je sais que je n'ai pas ta patience mais, c'est important pour moi! Je ne veux pas habiter en ville, je veux rester dans mon village! Alors si jamais tu devais t'ouvrir un jour, fais-le maintenant!
    - Mais bouge! Réagis! Fais quelque chose!
    Elle avait peu à peu perdu son sang-froid et s'était laissée surprendre par une crise d'hystérie incontrôlée. Elle accentuait maintenant ses phrases de coups frénétiques sur son époux qui répondait par un bruit mat.
    - Est-ce que... tu pourrais... pour une fois... faire... attention... à... ce... que... je... te... dis!!! Je... VEUX... QUE... TU... FASSES... QUEL... QUE... CHOOOOOOOOSE!!!

    Mais c'était inutile, il était inutile. Elle se sentit tout à coup ridicule, comme se surprenant en train de parler à une chaise. Ce qu'elle vivait aujourd'hui, elle seule l'avait choisi et Leuf n'en était pas responsable, lui plus que tout autre restait fidèle à sa ligne de conduite...
    20

    Un mois durant, Ennexyde évita de croiser son ovoïde de mari et consacra la majeure partie de son temps libre au projet "Intermiettes".
    Axel et les maires de chaque village passaient 12 heures par jour entre les conciliabules, les visites aux divers habitants de la commune pour vérifier l'avancement du morcellement des terrains et le suivi des ventes aux quatre coins du globe.
    Si les maires usaient de leur autorité amicale pour presser un peu les administrés, Axel et ses enfants qui l'accompagnaient parfois jouaient sur la corde sensible. Ils n'avaient passé tout au plus qu'une quinzaine d'années entre prés et forêts, mais semblaient attachés à leurs racines autant que les plus anciens villageois. Leur mère était morte trois ans plus tôt et elle aussi se serait démenée pour défendre sa terre.

    Axel et Ennexyde se retrouvaient aussi génés que lorsqu'ils étaient petits... Travailler ensemble les obligea à se revoir de plus en plus souvent et l'un comme l'autre purent constater qu'entre eux, rien n'avait vraiment changé, comme un lien qui ne s'explique pas. Les enfants d'Axel savaient que leur père était depuis toujours un peu amoureux de cette femme étrange, même s'il avait n'avait jamais rendu son épouse malheureuse. Le temps avait passé, ils étaient grand et Axel avait le droit de fréquenter son amie d'enfance, qui leur semblait de plus en plus familière.

    21

    Ennexyde venait de rentrer d'une séance où la nervosité avait atteint la limite du supportable, les ventes n'avançaient pas aussi vite que prévue. Il ne restait qu'une dizaine de jours et près de 1300 parcelles n'étaient toujours pas vendues. Il suffisait d'une seule pour que l'autoroute mette un pied à l'étrier et grapille peu à peu du terrain. Leuf était "assis" là, inexpressif alors elle ne tint plus...
    - Chéri? commença-t-elle d'une voix doucereuse... Tu as fait tes valises j'espère, parce qu'on doit partir bientôt... Ah non? continua-t-elle un peu cynique, ça m'étonne, toi qui es si organisé d'habitude!? Est-ce que tu as regardé les annonces pour savoir où on pourrait habiter ensuite? Ce n'est pas grave, mon chéri, je m'en occuperai entre la fin de mon travail et le début des réunions...
    Elle commençait à perdre le contrôle d'elle-même...
    - ... Tant que tu ne me rajoutes pas de corvées à la maison, c'est tout ce que je qui importe pas vrai? Tant que tu ne rajoutes rien... Tant que tu ne m'apportes rien, c'est tout ce qui importe! Tant que tu n'élèves pas la voix, c'est tout ce qui importe, pas vrai!? Tant que tu ne dis rien, tant que tu ne fais rien, c'est tout ce qui importe!? Tant qu'on partage du silence et de l'immobilité, tout va bien! Tant que je m'intéresse à ton monde, tout va bien, tant que je me rends compte que je parle toute seule, tout va bien! Mais là, je te parle! A TOI!! A TOI A QUI J'AI OFFERT TOUTES CES ANNEES!! A toi le beau "ténébreux dans son aura de mystère"! A toi, le mari taciturne sur qui on peut compter quand tout va bien! Et tu sais quoi? C'est même pas à toi que j'en veux! Quand on a besoin de rien, on a aucune raison de changer. Ce qui me tue, c'est la même chose qui m'a séduite, c'est ce dont j'ai besoin, et aujourd'hui, j'ai besoin de vivre, de ne pas être inerte quand on menace mon village, j'ai besoin de lutter pour ce que j'aime, même si c'est absurde, je veux qu'on m'enlace, qu'on me rassure parfois, et qu'on me montre que je suis importante! Désolée, je crois que... je crois que je vais te quitter.

    Ce soir-là, elle dormit seule, rêvant qu'elle préparait une omelette, mais chaque oeuf qu'elle cassait sur le rebord de son bol était vide.
    Au matin, ce fut pleine d'une étrange quiétude qu'elle aborda Axel.
    - Je sais comment faire.
    - Tu as les traits tirés, Ené, la nuit a été courte?
    - Il faut que Leuf devienne propriétaire de toutes les parcelles qui restent.
    - Ton mari? Excuse-moi mais il se laissera dépouiller sans réagir et c'est plutôt l'inverse qu'on essaie de faire ou alors quelque chose m'échappe?
    - Il se laissera faire si on le trouve.
    Axel fronça les sourcils.
    - Là-bas, personne ne sait vraiment qui est ou ce qu'est mon mari, sa naissance est un malentendu, rien ne nous empêche de le faire disparaître. Ils n'ont pas le droit d'expulser quelqu'un durant son absence. On fabriquera des lettres de son voyage, des preuves de n'importe quoi et ça marchera parce que personne ne l'a jamais vu et ne le verra plus ici. Ils auront suffisament de travail avec les 3000 proprétaires pour ne pas s'échiner à trouver Leuf Lovis l'aventurier.
    - Mais, où est-ce qu'il ira?
    - On lui fabriquera un joli socle, on lui enfoncera son abat-jour sur la tête et plus personne ne saura que ce n'est pas une lampe. C'est sa façon à lui de nous aider...
    - Il est... d'accord!?
    - Il est mort.
    - Mort!? Mais, qu'est-ce que tu entends par là? Qu'est-ce que ça veut dire "mort" pour quelqu'un comme ton mari?

    Elle eut un petit sourire nostalgique comme celui d'une enfant qui vient de comprendre que sa peluche ne lui parlerait plus. Et dans la voix qu'elle offrit à Axel, il y avait une détermination nouvelle, une question qui crevait chacun de ses mots, qui débordait dans ses gestes et faisait briller ses yeux.
    - Tu... tu m'offres un café?

     

    ****** Comme certains se demandaient quelle était la suite de l'histoire du village d'Ennexyde, il semblait nécessaire d'éclaircir ce point capital:

        "... Le stratagème permit aux habitants de sauver leur village de la destruction. Si procéduriers soit-ils, les promoteurs abandonnèrent la recherche des milliers de propriétaires. La "lampe" ne servit finalement pas à dérouter la loi. Et comme la réalité ne donne clairement aucune leçon qu'on ne veuille voir, la fête que firent les concitoyens d'Ennexyde couvrit le bruit des bulldozers qui rasaient un village à quelques kilomètres de là. Mais ces habitants-là, moins malins et dont on ne connaît rien, tout le monde s'en fout. FIN."
     


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  • Ma vie avec toi

    Des épaves éthyliques traînaient déjà sur le plancher nimbé des brumes de nicotine. Les infra-basses cardiaques des woofers martelaient en rythme les mouvements de ceux qui tenaient encore debout. Le sol jonché de bouteilles vides, de verres en plastique et de terre prenait de temps à autre la forme des semelles qui le piétinaient. Une beuverie juvénile, fade et sans classe.
    Certains d'entre eux apprendront plus tard à se détruire plus élégamment mais pour l'heure, une vingtaine d'années ne suffit qu'à orchestrer les fonctions élémentaires. Ils accumulent à eux seuls près de quatre cents ans d'Histoire, quatre cents ans de différences et de similitudes qui les fait se vautrer dans la conformité par besoin de reconnaissance. La bière est celle dont s'abreuvait Héraclès, les jeans moulants, une forme pudique de nudité.
    On y retrouve les buveurs déjà pathologiques qui fuient la société et la mort de l'esprit à grand renfort d'oubli. Dans quelques années, ils seront exactement ce qu'ils oublient, informes et impotents dans un système qui les berce. En se tuant un peu chaque jour, on s'habitue à la mort, comme ce roi qui donne son nom au verbe. D'autres s'essaient aux relations ensemble sans forcer et se laissent porter par la conscience collective.
    Nemeda déambule un peu saoule entre tous ces débris. Elle n'est pas vraiment différente de tout ça. Elle supporte mieux l'alcool voilà tout. Un peu vacillante, elle regarde ceux qui bougent encore mais rien dans leur regard ne répond à son besoin d'exister. Au cours de la soirée, deux ou trois classieux dans les formes sont venus lui faire un numéro de séduction qui n'a servi à rien.
    Ces garçons élégants qui lui tournent autour le font parce qu'elle est seule. Ils s'accoutument tous à ce jeu qu'ils apprennent à aimer. Ils se pavanent et cherchent à atteindre enfin la seule chose qui les stimulent au-delà de toute coutume, la femme. Un instant animal qui leur donne la certitude d'avoir quelque chose, d'oublier l'impermanence le temps de son plaisir.

    Coraline est appuyée contre le mur. Inutile de dire quoi que ce soit sur les autres. Tout le monde les connaît. Ils meublent ce qui est important. Ils sont le bruit de fond de l'existence, des vies imperceptibles dont on ne peut s'approcher. Pour Coraline, ils n'existent pas et n'existeront pas. Pourtant chacun d'eux est impliqué dans l'alchimie qui la fait ressentir. Chacun d'eux devient un détail sur lequel son regard s'arrête en balayant la salle. Et tous ensemble, ils sont un regard sur sa propre vie. Son copain boutonneux est aussi un détail. Il est une preuve de son intégration, de sa peur d'être seule, de sa capacité à plaire. Il la tient par la main avec la tendresse de la jalousie. Pour lui, elle ne sera jamais plus qu'une preuve de son intégration, de sa peur d'être seul, de sa capacité à plaire. Elle ne lui rend pas cette étreinte. Ils resteront appuyés sur le mur silencieux et idiots, sans même un échange.

    Nemeda écarte encore un prétendant qui la trouve à son goût altéré par les idéaux de la mode et la bière. Dehors, la nuit dévoile les astres à ceux qui se sont trouvés et ils s'en foutent, les langues en palpé-roulé.
    Les circonstances importent peu étant donné leur banalité, pourtant, Nemeda et Coraline ont croisé leur regard. Les coups de foudre ne tiennent pas compte des convictions et l'alcool fait un peu oublier les questions de normalité si pesantes...

    Nemeda fait un signe des yeux pour qu'elles se retrouvent un peu plus loin. Sans réfléchir, Coraline prétexte un besoin urgent à sa potiche avant de s'éloigner en direction du corridor. Il y a un escalier qui monte. Nemeda est en haut, esquisse un sourire timide et part sur la gauche. Coraline entame l'ascension des marches étrangement guidée par une appréhension excitante. Elle ne comprend pas vraiment ce qu'elle fait mais son histoire le saura pour elle. Une porte est ouverte.
    Un instant d'hésitation, un bruit dans l'escalier, elle préfère être cachée que surprise dans ses doutes. Pour respecter la propreté des chambres, elle enlève délicatement ses chaussures les yeux baissés et se jète à l'eau...

    Nemeda est assise à l'intérieur, en tailleur sur l'édredon qui recouvre le lit. Les deux jeunes filles se regardent interdites. Elles ne savent pas comment commencer, peut-être même n'en ont elles pas réellement le courage ou l'envie. La seule bougie que Nemeda vient d'allumer diffuse une lumière tamisée. La moquette amortit les pas déjà légers de Coraline jusqu'au lit et chatouille un petit peu la plante de ses pieds. Pendant une minute d'éternité, elle reste plantée là, sans bouger, et puis se décide à s'asseoir en amazone sur le bord. Le matelas épouse la forme de ses fesses. Toute cette chambre absorbe les troubles de la vie extérieur, les met en confiance. Elles peuvent ressentir pleinement leur timidité sans être gênées par des craintes parasites. Beaucoup de choses sont avec elles dans cette chambre, les préjugés, les conventions, un garçon jaloux qui incarne le veto.
    Enfin Coraline lève la tête et regarde Nemeda. Toutes les deux savent que leur histoire ne peut être que définitive. Dans ce genre d'expérience, il n'y a pas de retour possible. Il n'y aucune place pour l'insouciance parce que leur amour n'a pas le droit d'exister simplement, il devra faire face à une société entière et aucune d'elles n'y est prête.
    Elles voudraient se serrer fort, s'embrasser comme deux amantes pour une histoire d'un soir mais restent figées les yeux dans les yeux.


    I

    Au bout de quelques minutes, Coraline se lève doucement. Elle semble chercher quelque chose. Elle fouille dans les tiroirs des meubles en bois ciré qui se trouvent dans la pièce s'arrêtant de temps à autres pour écouter la respiration calme de Nemeda, pour se rassurer et savourer la magie du silence. Enfin, elle trouve ce qu'elle cherchait. Elle se rapproche du lit les yeux brillants et pose devant Nemeda une feuille de papier.
    Un petit grincement de ressort plus tard, elles sont de nouveau assises toutes les deux, cette fois face à face. Coraline prend un stylo dans sa main gauche et avec délicatesse, fait glisser le stylo sur la feuille. Nemeda la retourne. En haut, au milieu de la page, il était écrit « Ma vie avec toi ».

    - Salut...
    - Salut...
    - Tu... tu t'appelles comment?
    - Coraline, et toi?
    - Nemeda.
    - C'est joli.
    - Merci, toi aussi.
    - Que... Comment... Tu t'amuses bien à cette fête?
    - En fait pas trop.
    -...
    - J'étais toute seule, tous mes potes sont à moitié endormis et je me suis fait accoster toute la soirée par des garçons bourrés. Et toi?
    - Bof... Je suis pas toute seule mais c'est presque pareil. Philippe est un peu ennuyeux...
    - C'est le blond qui était avec toi? Vous êtes ensemble?
    - Oui mais ça ne va pas durer, j'ai envie de le larguer.
    - Il a l'air idiot!
    - Et tu l'as pas entendu parler...
    - Mais alors qu'est-ce que tu fais avec lui?
    - Je ne sais plus. Je n'avais pas trop réfléchi, peut-être. Sinon qu'est-ce que tu fais dans la vie?
    - Pourquoi tu es venue?
    - Je... je me suis laissée porter.
    - J'avais peur que tu ne viennes pas... Ou peut-être que j'avais peur que tu viennes, c'est un peu confus pour moi.
    - On est en train de faire une bêtise, Philippe doit me chercher...
    - Tu as dit toi même qu'il était nul!
    - J'ai dit ça comme ça. Il est bien, c'est mon copain et puis il est drôle quand il veut...
    - Vas-y!
    - Non, euh... Il... Et puis je suis pas son caniche, il peut attendre cinq minutes, non!?
    - Le mien, je l'ai viré il y a deux semaines. Il était sorti avec une autre ce salaud! Mais je m'en fous. Ils nous tiendront pas par l'amertume pas vrai?
    - "Ils nous tiendront pas par l'amertume"?.
    - Ben je vais pas me remplir la tête avec ce qu'il m'a fait, ce serait trop lui accorder!
    - Peut-être... Moi le mien, il faut tout lui dire, j'ai l'impression d'être sa maman!
    - On l'est toujours, à ce qu'il paraît.
    - ...
    - ...
    - J'ai du mal à commencer.
    - On n'est pas obligées de se baratiner avec les banalités d'usage, on les connaît toutes les deux, non!?
    - Ah ah, oui tu as raison, il manquerait plus qu'on se retrouve embarquées là-dedans! On passe déjà assez de temps à en sortir!
    - Je peux t'inviter à danser?
    - Avec toi?
    - Bien sûr, avec moi, si c'est moi qui t'invite!
    - Je ne sais pas trop.
    - Excuse-moi, je ne voulais pas te faire peur, ... non en fait, c'est à moi que je fais peur... N'en parlons plus.
    - Pourquoi?
    - Tu... danses?
    - Les autres vont nous regarder bizarrement...
    - Les autres!? Ils vont nous regarder comme deux copines qui s'amusent!
    -Deux copines ou... et si ce n'était pas le cas? On va avoir tous les regards braqués sur nous...
    - ...
    - ... si on descend et qu'on nous voit ensemble, on va avoir une réputation très vite. Pour ce genre de chose, une réputation est vite faite...
    - Viens!
    Nemeda prit doucement Coraline par la main.

    Nemeda prit Coraline par la main et elles descendirent dans la salle enfumée. La musique n'avait pas changé. Au moment de franchir l'angle du corridor, les deux jeunes filles eurent un moment d'hésitation, elles prirent une grande inspiration et se jetèrent dans la vie. Les gens qui discutaient à côté les regardèrent passer avec des airs dégoûtés. Surtout les autres filles en fait, les garçons salivaient devant ces deux coquines qui venaient sûrement de se faire des saloperies. Le jeune homme qui avait tenu la main de Coraline apparut tout à coup et s'approcha d'elle..
    - Ne tente rien, je t'en prie, il ne comprendra pas, glissa Nemeda à l'oreille de sa cavalière.
    Et se retournant vers ce garçon qui l'interrogeait du regard, Coraline dit simplement :
    - C'est fini.

    Elles le laissèrent debout dans sa catatonie et s'enfoncèrent dans le salon enfumé. A cause de l'insistance des regards des autres, elles étaient sur leurs gardes comme se sentant prises au piège. Pourtant, rien ne pouvait leur arriver. Elles mirent quelque temps à le comprendre et décidèrent de ne plus faire attention à eux parce que ceux qui sont vraiment heureux ne jugent pas le bonheur des autres...

    Le disque-jockey s'arrêta un instant. La soirée était déjà bien avancée et sa programmation allait finir par les slows. Aux premières notes du piano, Nemeda prit Coraline par les hanches, maladroitement, et l'entraîna dans les flots romantiques. Elles dansèrent joue contre joue d'une chanson à l'autre. Plus rien autour d'elles n'existait, quand elles ouvrirent les yeux à nouveau, il n'y avait plus de musique et le petit jour pointait par la fenêtre. Tout émoustillées, elles se demandaient comment les choses allaient tourner. Il était hors de question de s'abandonner là, de s'oublier après s'être trouvées. Le monde pouvait se jeter sur elles, elles tiendraient le choc.


    II

    Il y a le présent qui donne des ailes contre tout ce qui peut arriver et puis ce qui arrive vraiment... Le plus difficile fut d'annoncer aux parents qu'elles se mettaient en ménage.
    - Mais de quoi allez-vous vivre? Vous êtes trop jeunes! Sans compter que ton père et moi, nous comptions sur toi pour t'occuper de ta petite soeur, elle est encore si fragile!
    - Elle se débrouillera très bien sans moi, je vous rappelle qu'elle a à peine un an de moins que moi!
    - Oui, mais tu comprends, ce n'est pas facile de voir s'en aller sa fille aînée... Enfin... Néméda, c'est de quelle origine comme prénom? Il est russe, slovène?
    - C'est une fille.
    - ... Sétunfi, c'est un pays près du Tadjikisthan, c'est ça?
    - Tu as très bien entendu, maman!
    - Bien sûr que j'ai entendu, mais j'espérais que ce pays existait, parce qu'il expliquerait les choses d'une manière plus simple!
    - Qu'est-ce que tu veux dire?
    - Qu'est-ce que j'ai fait de trop pour que tu aimes les filles?
    - Rien, je l'aime c'est tout.
    - Mais... pourquoi?
    - Pourquoi est-ce que tu aimes papa?
    - ... On s'entendait bien et puis voilà. Pour ton père et moi, la question ne se pose pas, nous avons des attirances normales!
    - Ne dis pas ça!
    - Excuse-moi... J'ai du mal à comprendre, c'est tout.
    - Il n'y a rien à comprendre, on s'aime, c'est tout. Je ne vais pas passer à côté du bonheur pour une histoire de X ou de Y!
    - Ecoute, ma chérie, si ton coeur est pris, ne laisse personne te dicter ce que tu dois faire, même pas moi. Cette Namada te plaît, et bien vis avec elle si tu veux. Moi, je ne suis pas aussi forte que toi, j'ai épousé ton père parce que ça s'est présenté comme ça et j'en suis heureuse, j'aurais pu tomber plus mal . Je crois que lui il l'acceptera, mais c'est un peu dur à assimiler pour moi... je m'y ferai, laisse-moi un peu de temps... Sinon, tu as besoin de quoi?
    - Merci maman... Je n'ai pas de casserole.

    De l'autre côté, la discussion avait cessé à partir de "Coraline" qui ne laissait aucun doute. Néméda était partie en claquant la porte et ne revit ses parents que des années plus tard.
    III

    De l'extérieur, les mois furent d'une banalité écoeurante: les deux jeunes filles vivaient de petits boulots et mangeaient essentiellement des pâtes. Quand la lumière s'éteignait, elles étaient couchées dans le même lit, mais rien n'indiquait qu'elles n'étaient pas deux soeurs trop pauvres pour en avoir un deuxième... De l'extérieur, tout se ressemble.
    Ces débuts presque difficiles, avec un filet placé par les parents de Coraline, étaient pour elles un ravissement. L'une et l'autre apprenaientt les attentions quotidiennes et à donner au corps de l'autre ce qu'elles connaissaient du leur. Ce pourrait être identique entre hommes et femmes sans les rôles aliénants qu'ils s'imposent... Et suivant cette routine ennivrante, elles devinrent toutes deux de belles jeunes femmes...


    IV

    - Tu peux m'apporter ma robe noire, s'il te plaît, demanda Coraline.
    -Où est-elle ?
    - A côté des cartons de vaisselle, vers la porte...
    - Ah, oui, je la vois ! Tiens.
    - J'ai grossi, je crois, je ne rentre plus dedans.
    - Mais non Cora, pas encore. Dans quelques temps, on ira te choisir des vêtements plus amples. Pour l'instant, tu as un dîner avec ton patron et il faut que tu sois séduisante si tu veux qu'il t'écoute.
    - Mais pourquoi il faut toujours que je l'allume pour lui parler de mon travail ?
    - Pour un homme, l'intelligence passe toujours après le cul. S'il a envie de te baiser, il t'écoutera, c'est un peu malhonnête mais on doit jouer avec ses armes! Et puis ne te plains pas, pense à celles qui ne sont pas sexy comme toi!
    - C'est vrai que je suis sexy?
    - Ne joue pas les mijorées, tu le sais bien, répondit-elle amusée.

    Elle lui déposa un baiser sur la tempe. Coraline afficha un petit sourire gênée. Depuis qu'elle avait décidé de se faire inséminer, elle se sentait grosse, étrange. En plus, elle devait manger au restaurant avec le directeur de sa société de design pour lui proposer le projet d'une nouvelle voiture. Dans ce milieu essentiellement masculin, elle retrouvait parfois le besoin d'être embrassée par un homme, enlacée par des bras musclés.
    Une fois rentrée, elle se souvenait alors qu'elle vivait avec Nemeda depuis quatre ans, d'un amour aussi complet qu'elle puisse le rêver. Nemeda s'occupait de rendre leur appartement de plus en plus coquet, de plus en plus douillet. De nouvelles tapisseries, de nouvelles couleurs, des lumières chaudes. Elles prenaient leur bain ensemble dans la mousse aux extraits d'amandes, baignées dans la lueur des bougies. Et dans ce havre de tendresse en dehors du monde, elles se racontaient des tas d'histoires.
    - Tu crois que notre bébé sera normal?
    - Normal?
    - Qu'il aimera une petite fille si c'est un garçon et un garçon si c'est une fille, je veux dire...
    - Tu veux dire un bébé hétérosexuel?
    - Euh... Oui... Mais quand tu le dis comme ça, ça me semble idiot.
    - Tu as raison de t'inquiéter pour lui, c'est toi qui le portes, mais je ne suis pas sûre qu'on aura une grande influence sur ce qu'il sera, tu sais...
    - Comme nos parents et nous par exemple?
    - Un peu et puis, il aimera le supermuscle ou la princesse godiche qui sera à la mode dans dix ans... On peut juste essayer de l'aider à grandir jusque-là.
    - En ce moment, je crois que je pourrais bien lui apprendre le côté godiche!
    - C'est l'effet "je vais être maman", ça passera... d'ici quatre ou cinq ans!
    - Ah non! Je vais pas restrée cucul la praline pendant cinq ans!?
    - Laisse-toi aller, Cora, personne ne te regarde et puis si un de ces idiots s'avise de se moquer de toi, je lui ferai la tête au carré, pas vrai?
    Et là, gros câlin...


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